Lorsque grand-maman Yvette magasine pour ses enfants, elle se dit que le temps des fêtes est la période de l’année qui doit être remplie de cadeaux, de repas, de moments en famille et de joie. Il en était ainsi quand elle était petite et elle a fait en sorte qu’il en soit de même pour ses enfants. Aujourd’hui, elle a sept petits-enfants d’âges différents et s’efforce de perpétuer la tradition. Pour les fêtes, elle emploie toujours la même stratégie : un livre, des vêtements et un cadeau spécial, comme un jouet pour un jeune enfant ou un gadget électronique pour un plus vieux.

Maintenant qu’elle touche un revenu fixe et que les prix ont explosé, sa tâche est plus difficile. Un chandail acheté dans un grand magasin ne fait plus l’affaire et les jouets à ressort coûtant quatre dollars ne sont plus qu’un lointain souvenir. Grand-maman Yvette frémit quand elle songe à combien lui a coûté le temps des fêtes l’an dernier et à l’idée qu’il lui en coûtera probablement plus cette année, mais ses petits-enfants en valent la peine. Et l’an prochain, elle en aura deux autres à qui acheter des cadeaux…

La plupart des gens connaissent une grand-maman Yvette et nombreux sont ceux qui éprouvent les mêmes problèmes. Par la force de l’habitude, Yvette dépense excessivement pour sa famille, peu importe ses faibles moyens et la taille de sa famille. Elle ne veut même pas songer à réduire ses dépenses.

Les Canadiens sont victimes de leur propre générosité. L’endettement des consommateurs canadiens ne cesse de croître et le Canada, qui était un pays d’épargnants, devient un pays de dépensiers1. La période des fêtes pourrait être le moment de l’année qui cristallise le problème : nous débordons de générosité pendant un mois pour nous retrouver ensuite avec de lourdes factures à payer.

Devrions-nous donc ranger les décorations des fêtes? Pas du tout. Gary Direnfeld, travailleur social, spécialiste des relations, conférencier et auteur de Marriage Rescue: Overcoming Ten Deadly Sins in Failing Relationships, et Zeljka Walker, conseillère en placement et en assurance à la TD, donnent d’intéressantes explications sur ce qui nous pousse à dépenser trop et sur les façons dont nous pouvons malgré tout offrir les cadeaux que nous souhaitons et profiter du temps des fêtes.

M. Direnfeld avance que souvent, la tendance à dépenser de façon excessive est étroitement liée à nos rapports avec notre famille et nos amis. Par manque de temps, certains d’entre nous ne se sentent pas à la hauteur comme parents ou comme enfants. La culpabilité peut nous pousser à compenser en dépensant beaucoup pour offrir des cadeaux. Si l’enfant du voisin a reçu le dernier bidule informatique, pourquoi nos enfants n’en auraient-ils pas un aussi?

Certains d’entre nous peuvent dépenser trop en cadeaux pour apaiser des tensions ou des conflits, exprimer des excuses ou tisser des liens avec quelqu’un. Il est difficile d’en vouloir à quelqu’un qui nous fait un cadeau coûteux…

Bien sûr, l’amour ne s’achète pas, mais pour bien des gens, la ligne est mince entre cadeau généreux et dépense excessive pour apaiser un sentiment de culpabilité.

« En général, quelqu’un dépense de manière excessive en espérant gagner l’affection d’une autre personne ou pour améliorer la relation, avance M. Direnfeld. Certaines personnes ont appris à fonder leurs relations sur des objets plutôt que sur le temps qu’elles leur consacrent.

« L’achat d’objets devient donc une expression d’attention et d’amour et si elles ne peuvent exprimer leurs sentiments autrement, poursuit-il, elles peuvent se sentir obligées de dépenser beaucoup pour montrer l’importance qu’elles attachent à une relation. »

M. Direnfeld prétend qu’il y a d’autres raisons pour lesquelles le magasinage exagéré a peu à voir avec l’esprit des fêtes. Certains magasinent pour se divertir ou pour calmer l’anxiété comme d’autres mangent trop : acheter un bel objet (pour soi-même ou pour quelqu’un d’autre) est un moyen efficace – quoique temporaire – d’oublier les tracas quotidiens. Malheureusement, comme toute habitude, le plaisir du magasinage s’estompe rapidement et ne peut être apaisé que par davantage de magasinage. Ce comportement peut avoir un effet dévastateur sur les finances personnelles, sans parler du risque de développer une dépendance au magasinage.

M. Direnfeld souligne qu’il n’est pas facile de changer ses habitudes de magasinage. La publicité, omniprésente dans les centres commerciaux, à la télévision et dans les médias sociaux, établit un lien entre bonheur familial et achat de cadeaux. De plus, si les traditions familiales imposent une avalanche de cadeaux, il est mal vu de tourner le dos à des valeurs familiales acceptées socialement.

Il faut avoir le courage d’avoir une discussion franche avec les personnes concernées pour leur dire que cette année, vous donnerez autrement, affirme M. Direnfeld. Plutôt que d’offrir un cadeau extravagant comme le téléphone intelligent dernier cri, soulignez l’importance de la relation, puis trouvez un cadeau approprié dont la valeur et la signification dépassent sa valeur monétaire.

Les fêtes font souvent ressortir des sentiments charitables, mais « on est souvent trop généreux à cette période de l’année, avance Zeljka Walker, de la TD. On veut témoigner sa reconnaissance pour ce qu’on a reçu tout au long de l’année, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’il faut se créer des problèmes financiers.

« Lorsqu’on se laisse entraîner par l’esprit des fêtes dans une course aux achats, dit-elle, on peut se retrouver avec d’importantes factures au début de la nouvelle année. Tout est affaire de planification et de savoir combien on peut dépenser pour être capable de payer facilement ces factures par la suite. »

Pour éviter les surprises désagréables, la première grande étape consiste à établir un budget et un plan en fonction de ses moyens cette année. Cela devrait faire partie d’une stratégie financière globale qui permet de faire un suivi des revenus et des dépenses allouées aux factures récurrentes ou à l’épargne et d’établir combien on peut dépenser pour les cadeaux des fêtes.

« Si vous manquez d’autodiscipline, c’est le moment d’apprendre, poursuit Mme Walker. Apprenez à vous connaître et découvrez ce qui vous amène à vous écarter de votre budget ou à acheter un cadeau coûteux. Vous pourrez ainsi vous contrôler et économiser de l’argent. »

En plus, de nombreuses personnes utilisent des applis de leurs institutions financières qui font un suivi en temps réel de leurs opérations. Ces applis sont utiles : si vous avez établi un budget, elles vous permettent de surveiller votre revenu et vos dépenses, de voir si vous dépensez davantage que le mois dernier et de ne pas aller trop loin.

« Après avoir établi un budget réaliste, dressez une liste et suivez une certaine logique pour répartir les fonds de manière à dépenser suffisamment pour vos proches, affirme-t-elle. »

« N’oubliez pas tous les coûts associés aux fêtes, comme les décorations, les divertissements, les échanges de cadeaux de dernière minute, les cadeaux aux hôtes, les repas improvisés et les dons de bienfaisance, met en garde Mme Walker. Associez cela à un plan pour inclure tout le monde, même ceux à qui vous offrez des cadeaux faits à la main ou de la nourriture. »

Enfin, si vous avez besoin d’aide pour établir un budget dans le cadre d’un plan financier global, Mme Walker recommande de communiquer avec votre professionnel des services financers pour voir comment il peut vous aider à gérer votre argent, à mettre en oeuvre un plan et à épargner non seulement pour les fêtes, mais pour tous vos projets de vie.