Robert Delamontagne n’était pas du genre à être pris de court. Ayant bâti pendant 25 ans EduNeering Inc., une entreprise prospère du secteur des technologies, il avait toujours une longueur d’avance sur les obstacles à venir. Pourtant, à 63 ans, quand il a quitté son poste de chef de la direction et vendu l’entreprise, les répercussions de la retraite sur sa santé mentale l’ont surpris. « J’ai commencé à me sentir bizarre, émotionnellement, se souvient-il. Je ne savais pas si c’était une dépression ou autre chose. J’étais léthargique, je n’avais goût à rien. Je ressentais une sorte de malaise, une pression psychologique. » Après une carrière où tout allait vite et où la pression était forte, il a eu du mal à s’ajuster à la vie de retraité. « Je suis passé d’une vie à 1 000 à l’heure à un rythme d’escargot. »

La retraite accroît le risque de dépression

Le sentiment décrit par Robert n’est pas rare. La dépression est le problème de santé mentale le plus courant chez les Canadiens d’âge mûr, le départ à la retraite étant un important déclencheur 1 . En fait, des études montrent que le départ à la retraite peut augmenter de 40 % le risque de dépression clinique 2.

« Je ne savais pas si c’était une dépression ou autre chose. J’étais léthargique, je n’avais goût à rien. Je ressentais une sorte de malaise, une pression psychologique. »

ROBERT DELAMONTAGNE, chef de direction retraité

« C’est plus fréquent que ce que l’on croit parce que, malheureusement, ce n’est pas un sujet dont on parle ouvertement, explique la Dre Gina Di Giulio, directrice, psychologie à Medcan, société canadienne spécialisée en gestion des soins de santé et bien-être, établie à Toronto. C’est particulièrement vrai durant les premières semaines et les premiers mois de la retraite. Tout le monde imagine la retraite comme cet objectif merveilleux à atteindre et il peut être très déconcertant de s’apercevoir que, une fois ce moment arrivé, on ne l’apprécie pas. »

Les symptômes de la dépression varient en intensité et peuvent inclure anxiété, nervosité, agitation, problèmes de sommeil, troubles de l’appétit, variation de poids, diminution de la motivation et incertitude quant à l’avenir.

L’isolement social et l’oisiveté constituent des signaux d’alerte

Pour certains, la retraite met fin à un important vecteur de vie sociale. « L’isolement social est un des symptômes de la dépression. Si une personne vit mal sa retraite, elle risque de se couper de ses amis et de sa famille, qui pourraient l’aider à s’ajuster.

« Un emploi du temps non structuré peut créer de l’anxiété. Lorsque la routine disparaît, cela crée de l’incertitude dans le quotidien, explique la Dre Di Giulio. Une des questions les plus terrifiantes pour une personne habituée à une certaine routine et à des journées structurées, c’est : “Qu’est-ce que je vais faire, aujourd’hui?” ».

Être actif peut aider

Quand on s’adonne aux activités qui nous ont toujours fait envie, cela facilite les choses. « Idéalement, c’est ce à quoi un retraité devrait se consacrer, une fois libéré des contraintes de temps et des responsabilités professionnelles », fait remarquer la Dre Di Giulio.

Robert raconte qu’il a échappé à la dépression, d’abord en admettant ce qui lui arrivait, ensuite en faisant toutes les choses qu’il avait toujours voulu faire, mais pour lesquelles il n’avait jamais trouvé le temps.

« J’ai fait une randonnée de 170 km à vélo. Ma famille m’a accompagné, craignant que je fasse une crise cardiaque. J’ai fait le chemin de Compostelle, un pèlerinage à pied de presque 200 km entre la France et l’Espagne, qui existe depuis 1 000 ans. J’ai commencé à faire des choses qui sortaient de l’ordinaire, mais j’avais envie de sortir du moule. »

Heureusement, Robert avait les moyens financiers nécessaires.

Malheureusement, pour les personnes qui souffrent de dépression ou sont angoissées au sujet de la retraite, il faut s’attaquer à des décisions importantes pour planifier sa retraite, ce qui peut les inciter à l’évitement ou à la procrastination, alors que cette prise de décision est vitale.

Cela dit, il est tout aussi déconseillé de prendre des décisions hâtives concernant un problème financier ou de déléguer ces décisions à une personne qui n’est pas compétente, comme un ami ou un membre de la famille, juste pour éviter de s’attaquer au problème.

« Un des symptômes de la dépression est l’évitement, le fait de se couper des autres, de fuir les responsabilités, de ne pas s’acquitter de ses tâches. Donc une personne en dépression aura tendance à remettre à plus tard les décisions importantes qui la paralysent », précise la Dre Di Giulio.

Elle explique que pour réduire le stress et l’anxiété, on peut par exemple établir un plan mental. Un conseiller financier guide un client tout au long des phases de la vie, mais il est tout aussi important pour le client d’avoir une « feuille de route psychologique » pour la transition entre la vie active et la retraite.

Le secret d’une retraite heureuse : la planification

« La priorité des personnes qui recherchent des conseils financiers est d’atteindre la retraite avec assez d’argent pour mener à bien leurs projets, au moment où elles le souhaitent, affirme Zeljka Walker, conseillère en placement à Gestion de patrimoine TD, à Vancouver. C’est la première question que posent les clients. C’est une conversation que nous avons lors de chaque rencontre. »

En revanche, ceux qui ne planifient pas à l’avance peuvent être contraints de travailler plus longtemps et de prendre plus de risque sur leurs placements, car les titres à revenu fixe pourraient ne pas leur procurer la sécurité à long terme nécessaire ou souhaitée. Ils peuvent aussi être contraints de déménager dans un logement plus petit ou un quartier plus modeste, ou de réduire leur train de vie.

Mme Walker est témoin de situations où les compromis financiers sont source de frustration, de stress, d’anxiété et de dépression chez les clients. « Certains couples ont fini par divorcer, d’autres personnes ont vu leur santé se détériorer », se souvient-elle.

Afin d’éviter la frustration et de se préparer au départ à la retraite, Mme  Walker insiste sur l’importance de se concentrer sur ces aspects de la planification : le niveau de vie souhaité à la retraite, la stratégie visant à financer ce niveau de vie, l’évolution de la tolérance au risque et la santé.

Elle explique qu’on ne peut pas vraiment planifier sa retraite tant qu’on n’a pas de projets concrets (voyager, vivre dans un logement plus modeste, se consacrer à ses loisirs ou à des œuvres caritatives ou passer du temps avec les petits-enfants ou les amis). Chacune de ces décisions est associée à un coût et tant que le préretraité n’a pas réfléchi sérieusement à sa retraite, la planification financière n’a pas de finalité.

Ensuite, vous devez mettre de l’ordre dans vos finances personnelles pour financer cet objectif et l’intervention d’un conseiller peut vous aider à atteindre vos objectifs de retraite, à les modifier au besoin, à déterminer si vous pouvez prendre votre retraite plus tôt que prévu ou s’il vous faudra travailler quelques années de plus pour avoir les moyens de réaliser vos rêves. Les préretraités qui ont une pension doivent déterminer à quoi ressemblera cette pension à l’âge auquel ils souhaitent prendre la retraite et dans quelle mesure leurs placements peuvent compléter cette pension.

À cela s’ajoute l’évolution de la tolérance au risque, lorsque la personne entame la dernière décennie de sa vie active. Un long horizon de placement permet aux avoirs de fructifier, mais il faudra leur donner une orientation plus prudente, car la personne devra mettre l’accent sur la préservation du capital plutôt que sur l’accumulation.

La santé est également un aspect important de la planification financière, souligne Mme Walker. Il faut prendre en compte plusieurs possibilités et veiller à ce que les polices d’assurance, les testaments, les procurations et la planification successorale soient en ordre si la maladie survient brutalement.

Enfin, elle demande aux préretraités d’imaginer leur quotidien avec leur conjoint. Selon elle, c’est merveilleux que les conjoints veuillent être ensemble, mais peu de couples sont prêts à passer tout leur temps ensemble, 24 heures sur 24. S’ils ont des intérêts et des projets différents pour la retraite, ils devront faire des compromis et des ajustements. Elle insiste sur l’importance d’aborder ces questions quelques années avant la retraite, pas le lendemain de la fête du départ à la retraite.

Qu’est-il advenu de Robert?

«  À condition de se livrer à un travail d’introspection et de planifier ses finances tôt, la retraite peut être la meilleure période de votre vie  », dit-il. Pour Robert Delamontagne, mis à part les voyages et les défis sportifs, c’est la décision d’aider ceux qui vivent les mêmes difficultés, durant la retraite, qui lui a permis d’apprécier sa vie de retraité. Il a écrit une série de livres pour aider les retraités à combattre la dépression, notamment The Retiring Mind: How to Make the Psychological Transition to Retirement (en anglais seulement).

Conclusion

Mme Walker insiste sur l’importance d’examiner les diverses options avec l’aide d’un professionnel avant le départ à la retraite. « Le savoir est source de pouvoir. Un plan financier examine différents scénarios pour déterminer si vous êtes en mesure de réaliser vos objectifs. Vous vous dotez d’un plan écrit, qui fait le point sur tous vos biens, vos dettes, vos revenus et dépenses. C’est une image fidèle de votre situation financière aujourd’hui et de l’évolution future de vos finances. »

Écrit par Don Sutton, Parlons argent et vie