C’était une motocyclette qui n’avait jamais bien fonctionné et, malheureusement, elle a été le symbole du mariage de Romane, qui a connu bien des ratés avant de tomber définitivement en panne*

Le conjoint de Romane est arrivé un jour à la maison avec pour 500 $ de pièces de motocyclette d’époque – un projet dont le coût a fini par atteindre 1 500 $ – sans en parler à Romane. Selon Romane, il faisait souvent des dépenses, comme des vacances impromptues avec ses amis, sans la consulter. Mais avec un jeune enfant et un nouveau bébé, la motocyclette était un achat très inconsidéré. Cela l’a passablement choquée.

Il lui a dit que c’était son argent et qu’il pouvait décider comment le dépenser. Elle lui a répondu qu’il avait un sens de ses droits trop développé. Malheureusement, Romane a poursuivi cette relation émotive encore 10 ans avant de faire partie des presque 4 couples 1 canadiens sur 10 dont le mariage se termine par un divorce1.

Les querelles d’argent sont souvent citées comme l’une des principales raisons des ruptures de mariage, mais des problèmes financiers peuvent nuire à des relations, même s’il n’y a pas de procédures de divorce ni de certificat de mariage. Des conflits d’argent ou simplement la crainte d’en provoquer peuvent retarder ou faire abandonner des projets et faire rater des occasions. Sur le plan émotionnel, cela peut conduire à du ressentiment, à de la frustration et à de l’angoisse chaque fois qu’une décision financière doit être prise.

La plupart des couples feront face à un épineux problème financier qui mettra à l’épreuve leur amour réciproque, mais la plupart se serreront les coudes et passeront à travers. Rétablir une relation abîmée par un conflit financier peut signifier non seulement un meilleur plan financier, mais aussi un partenariat plus heureux et plus complet. Cela peut être difficile, mais une chose que les couples devraient savoir est que les querelles d’argent sont habituellement beaucoup plus que seulement des querelles d’argent. Si les discussions d’argent perturbent une relation par ailleurs excellente, voici quelques points à prendre en considération avant que le conflit ne cause des dommages à long terme.

Les querelles d’argent sont rarement au sujet de l’argent

Gary Direnfeld, travailleur social, conseiller matrimonial et auteur du livre Marriage Rescue : Overcoming Ten Deadly Sins in Failing Relationships, affirme que, peu importe l’argent que l’on a, on peut tous – les riches comme les moins riches – avoir des conflits au sujet de l’argent. Bien des couples ont cogné à la porte de son bureau pour obtenir de l’aide.

Chez bon nombre de ces couples, les désaccords au sujet de l’argent exacerbent souvent d’autres problèmes qu’un ou les deux conjoints peuvent avoir. Par exemple, si l’un des conjoints veut placer le remboursement d’impôt dans un REER alors que l’autre veut l’utiliser pour un voyage au Costa Rica, il peut y avoir d’autres forces en jeu que la façon dont l’argent est dépensé.

Les deux choix sont tout aussi valables, mais le fait qu’un conjoint soit très critique à l’endroit de l’autre peut remettre en question des choix raisonnables en ce qui a trait à l’utilisation de l’argent, et témoigner d’un manque de respect et de confiance dans la prise de décisions de l’autre conjoint.

Treva Newton, vice-présidente, planificatrice spécialiste de la fiscalité et des successions à Gestion de patrimoine TD, n’est habituellement pas témoin de conflit ouvert dans des couples, mais elle peut parfois sentir qu’il existe des problèmes non résolus sous la surface. Elle entend quelquefois un client évoquer une idée financière qui est manifestement une surprise complète pour son conjoint.

Mme Newton se souvient d’une cliente qui a exprimé de la frustration au sujet d’un compte de banque privé de son mari, en indiquant qu’elle ne savait pas combien d’argent avait son mari, ce qui laissait entendre que ce n’était pas une question d’argent, mais de confiance.

La confiance peut se bâtir. Selon Mme Newton, une planification conjointe permet une meilleure communication à propos de l’argent. Les couples peuvent donc essayer de faire un budget ensemble et de convenir de montants pour les intérêts propres à chacun. Ils peuvent aussi s’entendre sur une limite financière; par exemple, toute dépense au-dessus de ce montant doit faire l’objet d’une discussion.

« Elle gagne plus que moi et pense qu’elle a plus son mot à dire sur la façon dont nous dépensons. »

« Il donne souvent de l’argent à sa sœur sans en discuter avec moi. »

« Je suis meilleur qu’elle pour gérer nos finances. »

« Il dépense l’argent aussi vite que je le gagne et nous n’arrivons pas. »

« Je ne digère pas ses placements risqués. »

« Il m’en veut de donner de l’argent à nos enfants. »

Reconnaissez le point de vue de votre conjoint

M. Direnfeld affirme que, souvent, les gens n’ont pas les compétences nécessaires pour aborder des conflits dans leur famille, qu’il s’agisse d’argent ou non. Les gens s’emportent souvent trop rapidement, ils peuvent ne pas vouloir écouter jusqu’au bout le point de vue de l’autre ou ils peuvent ne pas connaître les déclencheurs émotionnels susceptibles de transformer une discussion constructive en un combat de cris.

Mais, M. Direnfeld est d’avis que les compétences nécessaires pour avoir un dialogue efficace dans les situations de stress peuvent s’acquérir, de façon à ce que les couples puissent plus facilement parler de sujets délicats et prendre des décisions sans blesser personne. Selon lui, il faut se rendre compte que notre conjoint peut avoir une opinion parfaitement valable qui soit l’opposé de la nôtre. Il dit que la conversation ne doit jamais être centrée sur un blâme face à un problème.

L’une des façons les plus faciles d’amorcer la conversation est de dire quelque chose comme : « Je pense que nous avons des opinions différentes sur la gestion de l’argent et ce à quoi il devrait servir. Pouvons-nous parler de nos différences? Je constate que tu n’aimes pas dépenser et tu constates que j’aime dépenser (par exemple). Cela crée beaucoup de tensions entre nous. J’aimerais seulement comprendre nos différences. »

Et si cela ne marche pas du tout, cela pourrait être le temps de recourir aux services d’un spécialiste, comme M. Direnfeld, afin de trouver de meilleures façons de discuter de sujets difficiles et peut-être de sauver une relation qui se détériore.

Choisissez vos batailles

Mme Newton croit que certains problèmes dans des couples pourraient être évités si ceux-ci étaient mieux informés de la validité réelle des objectifs financiers défendus ou combattus par chaque conjoint. Chaque conjoint pourrait avoir avantage à connaître les conséquences d’une stratégie financière particulière avant d’aller plus loin et de décider si cela vaut la peine de mettre en péril la relation.

Ce que l’un des conjoints ou les deux veulent peut ne pas être souhaitable ou faisable.

« J’entends souvent dire : “j’ai lu dans le journal que…”, et ces bribes d’information financière qu’ils ont lues ne s’appliquent tout simplement pas à leur situation », mentionne M me Newton. Elle affirme que, si des couples ont de la difficulté à s’entendre, une rencontre avec un conseiller peut aider à clarifier le problème et à élaborer un plan d’action qui convienne aux deux conjoints.

Mme Newton cite le cas d’un couple qui avait des opinions différentes à propos de leurs enfants adultes. Le mari voulait transférer les actions qu’il avait héritées de son père à ses enfants dans le cadre de sa planification successorale. Cependant, sa conjointe préconisait une autre stratégie. Leurs comptables leur ont dit qu’il serait plus avantageux sur le plan fiscal que les enfants soient les bénéficiaires d’une police d’assurance-vie et que les actions soient données à un organisme de bienfaisance.

Le mari n’était pas d’accord. Il était attaché aux actions parce qu’elles lui venaient de son père et il voulait transmettre cet héritage à ses enfants, même si cela allait leur coûter de l’argent.

C’était un cas classique de conflit entre le cœur et la raison, mais Mme Newton a trouvé un compromis : les enfants auront la moitié des actions et la moitié de la valeur de la police d’assurancevie. De cette façon, une meilleure stratégie fiscale a été mise en œuvre et le mari a eu la satisfaction de savoir que les actions de son père seront transmises à la génération suivante. Mais, sans la présence d’un spécialiste pour leur proposer des options, la famille aurait pu rester avec de l’acrimonie au sujet de la planification successorale et des besoins de la famille.

C’est souvent les émotions qui rapprochent un jeune couple, dit M. Direnfeld. Ironiquement, lorsque la relation mûrit et que le couple a plus d’argent – ce sont les émotions au sujet des différences qui peuvent irriter.

« Si l’on ne veut pas qu’un conseiller matrimonial s’en mêle, il ne faut pas que les différences deviennent une question de tout ou rien dont la réponse est soit bonne, soit mauvaise. C’est là que les gens peuvent être blessés. C’est seulement une différence d’opinions », affirme-t-il.

Mme Newton dit que des couples qui ne s’entendent pas sur des questions d’argent devraient faire le point sur leurs objectifs financiers et voir s’ils peuvent concorder, ou si leurs idées aident ou nuisent à leur plan. Elle affirme que, si vous ne connaissez pas vos propres opinions ou ne disposez pas d’un plan financier, vous devriez envisager de rencontrer un conseiller. Un examen plus approfondi de vos finances et de vos objectifs vous aidera à clarifier vos idées et peut-être à mieux comprendre celles de votre conjoint.

— Don Sutton, Parlons argent et vie

* Nom fictif