Dr ADAM STEWART

MÉDECIN DE FAMILLE

R: Dites‑moi si ça vous rappelle quelque chose : vous êtes au beau milieu d’une journée très chargée et vous avez déjà pris 45 minutes de retard. Vous venez de recevoir une jeune femme aux prises avec des douleurs abdominales et vous lui avez fait passer un test de grossesse. Est‑ce que vous allez penser à facturer ce test à la fin de votre journée?

Vous vous direz peut-être : « C’est pas grave. C’est juste 2 $. Il faut que je me dépêche de prendre mon prochain patient. Je n’ai pas le temps d’entrer ce code pour l’instant et, de toute façon, ça vaut pas vraiment la peine. » Je parie que chaque médecin a parfois tendance à penser comme ça. En tout cas, on l’a au moins tous entendu de nos collègues. Deux dollars, c’est juste de quoi se payer un café. Hé bien, moi je vous dis que ça vaut la peine de s’occuper de ces petits montants. Vous ne me croyez pas? Je vous explique.

Les petites factures peuvent vite s’accumuler

En Ontario, les médecins se font rembourser 2,07 $ lorsqu’ils facturent une analyse d’urine à l’Assurance-santé. C’est le montant que l’Assurance-santé de l’Ontario rembourse aux médecins rémunérés selon un modèle de paiement de services médicaux à l’acte. Ceux qui sont rémunérés selon d’autres modèles, comme un modèle de paiement par capitation ou un plan de diversification des modes de financement, pourraient ne recevoir qu’un petit pourcentage du code d’honoraires, puisque la majeure partie de leur revenu est payée à un taux fixe ou horaire. Par exemple, ça serait le cas d’un médecin de famille qui fait partie d’un Organisme de santé familiale. En général, il reçoit 15 % du code d’honoraires. C’est ce qu’on appelle la « facturation pro forma », c’est-à-dire tout code qu’il facture en plus de son taux fixe prescrit. Vous me direz, 15 % de 2,07 $, ça fait seulement 0,31 $.

Est-ce que ça en vaut vraiment la peine?

Reprenons notre exemple. Après la jeune femme enceinte, vous recevez une jeune maman que vous avez tout juste réussi à caser en dernière minute entre deux rendez-vous. Elle vient faire un bilan de santé pour son bébé. C’est une visite de routine pour une jeune maman, mais elle en profite pour vous demander si elle devrait s’inquiéter d’un grain de beauté qu’elle a sur le bras. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de le consigner dans son dossier et de soumettre la facturation pour une « évaluation mineure » qui ne va vous rapporter que 3,26 $ en facturation pro forma, conformément à la liste des prestations de l’Assurance-santé de l’Ontario? Et vous faites quoi avec le type de rendez-vous le plus courant en médecine familiale, l’« évaluation intermédiaire »? Selon la liste des prestations, c’est remboursé 33,70 $, soit 5,06 $ en facturation pro forma. Vous comprenez bien que si vous avez plusieurs prestations comme ça tous les jours, ça finit par représenter un montant non négligeable. Voici un petit calcul pour vous donner une idée :

15 $ par jour* x 230 jours ouvrables par année = 3 450 $ par année
* Montant hypothétique correspondant à trois évaluations intermédiaires facturables par jour à environ 5 $ chacune

Si vous oubliez ou que vous ne prenez pas la peine de facturer ces 15 $ chaque jour, vous pourriez vous priver de jusqu’à 3 450 $ par année. Pensez à ce que vous pourriez faire de cet argent. Peut-être que ça pourrait vous aider à rembourser une dette. Enregistrer un code de facturation, ça peut ne prendre que 20 secondes. 20 secondes pour 5 $, c’est quand même 900 $ de l’heure! Vous trouvez toujours que c’est une perte de temps?

À quel point connaissez-vous vos codes de facturation?

Quand j’étais à la faculté de médecine, il y avait un cours sur la facturation. Notre professeur connaissait très bien la liste des prestations et toutes les règles et les conditions en lien avec son travail quotidien. Il connaissait tous les codes supplémentaires et il savait aussi quand ils s’appliquaient. Il connaissait également les critères pour facturer de manière optimale tous les différents types de consultation. Je trouvais fascinant le fait que ce médecin gagnait potentiellement plus que beaucoup de ses pairs pour les mêmes tâches, simplement parce qu’il connaissait et comprenait les codes de facturation.

Je me souviens du conseil qu’il nous avait donné à ce sujet : « Personne ne se souciera de votre argent autant que vous. Alors, lisez et relisez la liste des prestations. » Je la consulte très souvent et tout le monde devrait faire pareil. Quand vous faites le travail, facturez le code. Parfois, je discute avec des collègues au sujet des codes de facturation pour des choses comme l’abandon du tabagisme (15 $) ou des trousses de dépistage du cancer du côlon (7 $). Ce sont des exemples de codes qui pourraient s’ajouter à une consultation normale. Souvent, des collègues me disent qu’ils ne pensent jamais à facturer les codes ou qu’ils ont mieux à faire. Donc, ils font le travail, mais ils ne se font pas payer.

La facturation valide notre travail

Même si un code ne vous rapporte rien, je suis d’avis qu’il y a une raison fondamentale pour laquelle il faut le facturer et déclarer ce que vous avez fait : ça vous permet de faire le suivi de votre travail et de le valider. Comme mentionné ci-dessus, on utilise de plus en plus des modèles de paiement qui reposent sur des taux ou des salaires fixes et les rémunérations à l’acte baissent. De nombreux médecins ne réalisent peut-être pas à quel point il est important de facturer pro forma et de faire le suivi de notre travail de manière rigoureuse. Certains pourraient dire que le travail d’un médecin est de soigner des patients, et non de perdre son temps avec la paperasse. Toutefois, réfléchissez à ceci : est-ce que vous seriez à l’aise de payer des milliers de dollars à un avocat ou à un comptable sans qu’il vous fasse une facture détaillée?

J’espère que vous voyez à quel point il peut être utile de déclarer tout ce que vous faites. Comme on dit, il n’y a pas de petites économies!

Le Dr  Adam Stewart est médecin de famille et son cabinet est établi à Madoc, en Ontario. En 2017, il a été désigné par l’Association médicale canadienne comme l’un des « 17 médecins qui ont contribué à façonner l’avenir des soins de santé ». Pour en savoir plus sur son cabinet, visitez le www.stewartmedicine.com