Des années de croissance soutenue sur les marchés boursiers ont brusquement pris fin alors que le monde entier subit les répercussions de la COVID-19.

L’économie robuste en 2019 se trouve soudain ébranlée en 2020. Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve, mais si vous êtes déjà nerveux, il ne peut s’agir que de mauvaises nouvelles de plus.

Les périodes anxiogènes peuvent susciter de l’incertitude liée à votre argent ainsi que vous mener à remettre en question vos plans d’avenir et à vous demander ce qui vous attend. Peut-être est-ce le moment où surviennent les « et si » : Et si vous ne pouviez pas prendre votre retraite au moment voulu? Et si l’économie coulait et que votre épargne s’effondrait? Et si vous perdiez votre emploi ou tombiez malade et étiez forcé de vendre votre maison? Et si vous aviez épuisé votre épargne à 85 ans?

Si vous êtes atteint d’un cas sévère de « et si », c’est compréhensible, mais c’est également contre-productif. Prendre une décision irréfléchie dans l’angoisse de voir disparaître une partie de vos gains récents pourrait vous conduire à prendre des mesures que vous pourriez éventuellement regretter. Avant d’agir, il y a certains points dont vous devriez peut-être tenir compte :

Élaborez un plan quatre-saisons

Selon Tannis Dawson, vous ne devriez pas laisser les « et si » dicter vos décisions. La planificatrice pour les clients à valeur nette élevée de Gestion de patrimoine TD croit qu’essayer d’éviter les problèmes en retirant les placements sur un coup de tête peut entraîner des difficultés encore pires. Bien que nul ne possède de boule de cristal, elle contribue à élaborer des stratégies de gestion de patrimoine qui ont pour objectif de vous protéger le plus possible durant les périodes difficiles.

Mme Dawson explique que, même si un effondrement du marché boursier et un ralentissement de l’économie ne sont peut-être pas les bienvenus et peuvent affoler les personnes qui n’ont jamais connu une telle situation, liquider vos placements durant les périodes d’instabilité pourrait vous faire rater une reprise des marchés. Les actions et les fonds communs de placement ne progressent pas de manière prévisible en ligne bien droite. Si on analyse l’évolution des principaux indices boursiers après les replis de 2001 et de 2008, on voit que le marché s’est toujours redressé. Prenons un exemple. Les Canadiens savent bien qu’il y aura une terrible tempête de neige chaque hiver, mais nul ne peut vraiment prévoir quand elle se produira, ni combien il faudra pelleter. Il en va de même pour le marché boursier. Il y aura toujours un ralentissement, parfois marqué, mais personne ne sait quand. Pourtant, la reprise qui suit peut propulser le marché vers de nouveaux sommets.

Selon Mme Dawson, si les clients sont inquiets durant cette période et veulent savoir si leur plan est bien protégé des effets de la volatilité ou confirmer qu’il continue de répondre à leurs objectifs, ils peuvent simplement communiquer avec leur conseiller pour en discuter.

« Lorsqu’un conseiller rencontre ses clients, il leur dit habituellement, “Nous avons prévu cette situation, et nous avons conçu votre plan de façon à y faire face” », dit-elle.

Un bon plan… met les choses en perspective

Si vous avez été habitué à une croissance soutenue de votre plan de gestion de patrimoine depuis dix ans, en perdre une partie en deux mois peut s’avérer pour le moins choquant. Mais selon Mme Dawson, il peut être dangereux de déplacer ses pions dans ces circonstances. Par exemple, si 30 % de votre portefeuille est composé d’actions, une perte brutale pourrait fortement vous inciter à vendre ces actions et à transférer les fonds dans un type de placements apparemment plus sûr comme des liquidités ou des CPG.

Cependant, selon Mme Dawson, une telle décision pourrait aggraver le problème, car si on a subi une perte sur papier, la vente des placements peut réaliser cette perte, éliminant ainsi la possibilité de voir les placements rebondir. En outre, lorsqu’un nouveau cycle de croissance s’amorce, l’investisseur qui a gardé ses fonds en espèces ne profite pas de la reprise du marché.

« Je dis aux gens, “Si vous n’êtes pas dans le marché au moment où il redémarre, vous pourriez rater cette croissance” », ajoute-t-elle.

Elle rappelle ensuite comment mettre les turbulences mineures en perspective.

« Si les clients sont encore à des années de leur retraite, les conseillers leur disent habituellement que le marché est effectivement en baisse, mais qu’ils n’ont probablement pas besoin d’entamer leur épargne-retraite tout de suite. Le temps peut aider les placements à se remettre de leurs pertes bien avant que la plupart des investisseurs aient besoin d’argent », dit-elle.

Et pour ce qui est des retraités, s’ils ont un bon plan de gestion de patrimoine, ils disposent habituellement de l’équivalent de deux ou trois ans de dépenses courantes sous forme de liquidités ou de placements à faible risque, qui ne seront probablement pas touchés par une baisse de marché. Par conséquent, leurs placements de croissance peuvent avoir le temps de se relever.

Elle poursuit : « C’est important de voir les choses en perspective. Les gens croient souvent que la norme, c’est la période de prospérité récente où ils bénéficiaient d’une croissance au-dessus de la moyenne. » Elle rappelle ce qu’il faut avant tout dans un plan de gestion de patrimoine : il doit être personnalisé, il doit évoluer avec le client et il doit être basé sur la réalité et non sur des espoirs.

 Un bon plan… est personnalisé

« Il faut éviter un plan tout-fait qui est mal adapté à votre situation individuelle; votre plan doit prendre en compte qui vous êtes, votre situation et ce que vous voulez dans la vie », explique Mme Dawson. Un conseiller rencontre le client et discute avec lui afin de découvrir ce qu’il veut faire de son argent, que ce soit prendre sa retraite à 59 ans, acheter un voilier ou laisser un bel héritage à ses petits-enfants.

L’élaboration d’un plan s’avère également une excellente occasion de corriger le cap si votre style de vie actuel ne correspond pas à vos objectifs d’épargne. Par exemple, si vous ne mettez pas assez d’argent de côté à 40 ans, il est sans doute préférable de faire un petit ajustement maintenant plutôt que d’être forcé à en faire un beaucoup plus important au moment à quelques années de votre retraite.

Une partie de cette discussion est consacrée à déterminer votre tolérance au risque, autrement dit, quels genres de placements conviennent à votre situation et à vos objectifs. Par exemple, bien que les liquidités soient le type de placement le plus sûr, leur faible taux de croissance pourrait s’avérer insuffisant pour vous permettre d’atteindre vos objectifs. Certaines personnes peuvent avoir de l’aversion pour les aléas des placements à taux de croissance plus élevée. Habituellement, les gens peuvent choisir un juste milieu entre les deux extrêmes.

Planifiez de façon réaliste et modifiez le plan au besoin

Un plan repose sur des données précises : ce que vous avez et ce que vous voulez en faire, dit Mme Dawson. Même si on voulait acheter une île tropicale pour notre retraite, il n’est pas suffisant de le souhaiter pour y arriver. Toutefois, les détails exacts sur vos obligations financières, votre flux de revenu, vos épargnes et vos attentes financières peuvent permettre de créer un plan réaliste. Ce plan ne vous permettra peut-être pas d’acheter une île, mais il pourrait déterminer votre capacité de la visiter ainsi que la qualité de l’hôtel. »

À titre d’exemple, Mme Dawson montre du doigt l’une des plus grandes disparités qui ressortent souvent des plans des clients : l’estimation de leurs dépenses à la retraite. De nombreux clients croient en effet que la vie à la retraite leur coûtera 75 % de leur ancien style de vie, ou même moins. En réalité, bien des gens dépensent autant qu’avant leur retraite. Pourquoi? La plupart des nouveaux retraités ont davantage de temps et de motivation pour faire ce qu’ils n’ont jamais eu le temps de faire lorsqu’ils travaillaient, comme profiter de vacances luxueuses en Europe, ce qui peut gruger leurs économies même s’ils dépensent moins au jour le jour. C’est dans cette optique que Mme Dawson recommande vivement aux gens de se montrer réalistes quant à leurs futures dépenses et prévisions afin de contribuer à réaliser un plan de retraite plus précis.

Nous sommes peu nombreux à traverser la vie sans revoir nos priorités à l’occasion ou quand des événements, comme l’arrivée d’un enfant, nous pressent à le faire. Votre plan de gestion de patrimoine doit prendre en compte tous les changements, positifs et négatifs, car ce que vous pouvez épargner, le temps qui sera nécessaire pour réaliser cette épargne et ce que vous voulez faire de celle-ci doivent refléter votre situation actuelle et non votre situation antérieure.

« On ne sait jamais quel événement marquera notre vie », dit Mme Dawson.

Au bout du compte, faites confiance au plan

Selon Mme Dawson, discuter avec votre conseiller peut vous aider à mettre les choses en perspective et vous donner l’assurance d’être sur la bonne voie. Par ailleurs, toute personne qui n’a pas de plan de gestion de patrimoine peut consulter un conseiller pour y voir plus clair sur ce qu’elle doit faire avec ses finances.

Bien que l’actualité mondiale et les informations sur les marchés financiers puissent être inquiétantes, Mme Dawson rappelle aux gens qu’ils peuvent apprendre à faire fi du bruit environnant et à se concentrer sur leur plan à long terme, qui pourrait être à l’abri de la volatilité à court terme.

Il ne faut pas oublier que les générations précédentes ont survécu à des conditions économiques difficiles, des tensions politiques et des conflits internationaux, et qu’il en sera probablement de même pour les générations à venir. Il se peut que nous-mêmes, ainsi que nos plans de gestion de patrimoine soyons secoués, mais à la fin, il suffira sans doute de se réajuster, de se remettre sur les rails et de continuer.

« Bien que les résultats à court terme puissent s’avérer décevants, une vision à long terme pourrait montrer que l’histoire récente n’est qu’un léger hiatus sur la voie de la réalisation de nos objectifs, conclut Mme Dawson. Surtout, ne prenez pas de décision irréfléchie! Après tout, votre conseiller est là pour vous aider. »

DON SUTTON

PARLONS ARGENT ET VIE

ILLUSTRATION

VERONICA PARK