Elizabeth n’aurait jamais cru atteindre l’âge de 90 ans. Pourtant, elle a franchi cette étape en août dernier lors d’une fête d’anniversaire surprise où sa famille lui a remis un panier de friandises et d’autres douceurs du Royaume-Uni.

Enseignante à la retraite, Elizabeth s’est installée au Canada à l’âge de 39 ans et attribue sa longévité, ironiquement, aux épreuves qu’elle a vécues à l’adolescence durant la Seconde Guerre mondiale.

En raison du manque de nourriture et de la rareté du sucre, sa famille se nourrissait des légumes qu’elle cultivait dans son jardin de la victoire. Comme il y avait une pénurie d’essence, Elizabeth devait se rendre à l’école à bicyclette. Elle croit que les aliments sains et l’exercice sont des facteurs dans l’atteinte de cet anniversaire historique.

Elizabeth figure parmi un nombre croissant de Canadiens et de Canadiennes qui passent le cap des 90 ans, et les statistiques démontrent que les personnes à l’aube du centenaire formeront un groupe plus large et influent au sein de notre société dans l’avenir.1

Songez qu’en 1921, au Canada, soit la décennie durant laquelle Elizabeth est née, l’espérance de vie des femmes était seulement de 56 ans.2 À présent, pour une femme âgée de 30 ans en 2025, l’espérance de vie médiane prévue est de 90 ans, tandis qu’elle est de 87,8 ans pour les hommes.3 Et les fêtes d’anniversaire des nonagénaires (nom donné aux personnes âgées dans les 90 ans) seront à la hausse, puisque la population âgée de 90 à 99 ans a connu une croissance de 34 % de 2011 à 2016.4

Pas étonnant que nombreux d’entre nous se demandent : s’agit-il de mon avenir? En vous regardant dans le miroir, êtes-vous capable de vous imaginer à 90 ans? Vous aurez la chevelure grisonnante, bien entendu, adopterez un rythme plus lent et montrerez certainement des signes des années passées, mais vous serez toujours vous : capable d’affronter les nouveaux défis de la vie.

Pour imaginer votre vie à 90 ans, vous souhaiterez probablement répondre maintenant à quelques questions de base sur votre style de vie, votre santé et vos finances plutôt que d’attendre d’avoir 85 ans. Vous connaissez la rengaine : il ne faut pas épuiser votre actif de votre vivant. Si vous épuisez votre épargne-retraite dès les premières années, vous risquez de devoir revoir votre niveau de vie radicalement à la baisse plus tard. Cette réalité est encore plus pressante quand vous constatez que vous vivrez peut-être une décennie additionnelle que vous n’aviez pas anticipée. Voici donc quelques idées et facteurs à prendre en compte pour ceux qui souhaitent planifier pour leurs 90 ans, que vous ayez déjà des cheveux gris ou non.

Planifier une vie en santé

À quoi bon vivre jusqu’à un âge mûr si vous n’êtes pas assez en santé pour en profiter? Si les personnes qui atteignent 90 ans aujourd’hui ont tendance à être plus en santé que les générations précédentes, en plus de bénéficier des progrès médicaux au cours de leur vie, nous avons tous intérêt à choisir un mode de vie sain afin de nous donner la meilleure chance de vivre le plus longtemps possible.5 Le Dr Adam Stewart, médecin de famille établi à Madoc, en Ontario, et chroniqueur pour MoneyTalk, indique que les gens doivent mieux prendre soin d’eux afin de vivre plus longtemps, mais que certains facteurs échappent à notre contrôle. Il s’agit des facteurs génétiques et socioéconomiques qui régissent notre vie.6 Par exemple, si la longévité semble héréditaire chez vous, bonne nouvelle. Et si vous faites partie des nombreux Canadiens et Canadiennes qui ont accès à une assurance médicaments, c’est un autre bel avantage.

C’est ici que les enjeux de santé se compliquent. Le Dr Stewart affirme être un ardent défenseur d’un style de vie sain qui comprend l’exercice, la nutrition et la modération dans les vices sociaux comme l’alcool. Selon lui, si un régime de vie sain vous gardera en bonne forme générale, rien ne garantit que vous soufflerez vos 90 bougies.

Le Dr Stewart souligne que les facteurs positifs de la santé sont interdépendants. L’exercice permet d’augmenter sa masse musculaire, de contrôler son poids et de mieux dormir. Le sommeil permet au corps de récupérer, mais contribue aussi à la gestion du stress. Une meilleure gestion du stress nous outille pour affronter les dépendances de la vie, par exemple l’alcool et la malbouffe, ce qui, en retour, nous aide à contrôler notre poids, à prévenir le diabète et à poser un plus beau regard sur la vie.

Un facteur sur lequel le Dr Stewart se montre inflexible, c’est le tabagisme qui peut certainement réduire votre espérance de vie, en plus d’occasionner de nombreuses affections dont, principalement, le cancer et les maladies cardio-pulmonaires. Consultez les sept habitudes saines du Dr Adam Stewart.

Planifier la tranquillité d’esprit à 90 ans

Selon Sandra Bussey, planificatrice pour les clients à valeur nette élevée à Gestion de patrimoine TD, un facteur simple à prendre en considération pour être en contrôle de vos finances à 90 ans consiste à commencer à épargner tôt, à épargner davantage et à se doter d’un plan concret pour y parvenir. Elle affirme aussi qu’il faut réfléchir à bien d’autres questions financières qui auront une influence sur le montant que vous devez épargner.

Vous avez des décisions majeures à prendre, notamment l’âge de votre retraite et le style de vie que vous souhaitez adopter. En répondant bien à ces questions tôt, vous éviterez des réflexions moins bienvenues plus tard, comme pendant combien de temps vous serez obligé de travailler pour atteindre votre objectif d’épargne ou quel type de revenu de retraite vous serez contraint à accepter.

Par exemple, la portion de votre épargne-retraite que vous dépenserez chaque année aura une grande incidence sur la durée de votre épargne et donc, sur la somme totale qu’il vous faudra épargner. Même si le sujet est matière à débat et une question de préférence, Sandra indique que la règle générale veut que nous aurons besoin de 70 % de notre revenu de travail à la retraite. Ce pourcentage suppose que le prêt hypothécaire est remboursé et que les dépenses liées au travail comme les vêtements et le transport sont éliminées.

Toutefois, tout le monde est différent Si les prévisions sont justes et que les gens restent en santé plus longtemps, vous aurez peut-être un taux d’activité plus élevé à cet âge que vos parents, ce qui pourrait hausser vos frais de voyages et le nombre de vos visites sur le parcours de golf. Quoi qu’il en soit, en réfléchissant à ce que vous souhaitez faire à la retraite et aux coûts que cela représente, vous éliminerez certains imprévus de l’équation, explique Sandra.

La planification de l’épargne-retraite peut comprendre une panoplie d’autres dépenses courantes, allant du paiement des frais de scolarité de votre enfant à la maîtrise au financement des soins de santé complémentaires de votre conjoint durant les 20 dernières années de sa vie. Même s’il est difficile de prendre des décisions de vie des décennies à l’avance, surtout à propos de revenus que vous n’avez pas encore gagnés, Sandra affirme qu’il faut commencer à songer à ce que cela implique et aux fonds qui seront grugés par vos différents objectifs de vie à divers moments, et ce, même si votre objectif principal est de vivre confortablement à 90 ans.

Les avantages d’épargner tôt

À l’aide d’un scénario, Sandra illustre le bénéfice potentiel de commencer à épargner tôt. Dans son exemple, elle compare deux couples, Dai et Min et Noah et Agathe, qui entreprennent chacun un plan d’épargne.

Les effets à long terme d’épargner tôt et de façon plus dynamique

À l’âge de 45 ans, Dai et Min ont épargné 130 000 $. Il en va de même pour Noah et Agathe, mais c’est à partir de ce point que le parcours des deux couples diverge. Un seul couple planifie disposer d’épargne-retraite au-delà de 90 ans.

À 45 ans, Dai et Min épargnent annuellement

14 150 $

À 45 ans, Noah et Agathe épargnent annuellement

16 700 $

Chaque année, Dai et Min haussent leur cotisation annuelle de 2 %.

Chaque année, Noah et Agathe haussent leur cotisation annuelle de 1 %.

À l’âge de 52 ans, Dai et Min épargnent donc 16 254 $ annuellement et ont accumulé

339 358 $

À l’âge de 52 ans, Noah et Agathe épargnent donc 17 696 $ annuellement et ont accumulé

363 773 $

À l’âge de 62 ans, Dai et Min épargnent 19 813 $ annuellement et ont accumulé

779 303 $

À l’âge de 62 ans, Noah et Agathe épargnent 19 382 $ annuellement et ont accumulé

831 875 $

À propos de ce tableau Ces scénarios se basent sur la supposition que les deux couples disposent de CELI combinés qui totalisent 130 000 $ à l’âge de 45 ans et obtiennent en moyenne un rendement de 5 % sur leur épargne. De l’âge de 35 à 45 ans, les deux couples investissent 10 000 $ dans leur CELI chaque année, après quoi ils effectuent une épargne-retraite additionnelle. À l’âge de 45 ans, Dai et Min versent14 150 $ à leur REER et haussent leur cotisation de 2 % chaque année, tandis que Noah et Agathe versent16 700 $ à leur REER et leur CELI et haussent leur cotisation de 1 % chaque année. Les deux couples reportent le versement des prestations du RPC et de la Sécurité de la vieillesse afin de les maximiser. Ils souhaitent tous encaisser un revenu de retraite qui équivaut à 70 % de leur revenu de travail. Dai et Min prennent leur retraite à 65 ans, tandis que Noah et Agathe la prennent à 67 ans.

Les couples se ressemblent à bien des égards : Ils ont le même âge et gagnent un salaire brut combiné de 150 000 $. Ils ont commencé à épargner à 35 ans en versant annuellement 10 000 $ dans leur compte d’épargne libre d’impôt (CELI), si bien qu’à 45 ans, chaque couple dispose d’une épargne totale d’environ 130 000 $. À 45 ans, ils ont tous deux accéléré le rythme de leurs cotisations à leur régime enregistré d’épargne-retraite (REER). (Voir la liste complète des suppositions incluses dans le calcul ci-dessous*.)

Noah et Agathe visent à prendre leur retraite à 67 ans, soit un peu plus tard que le veut la tradition, et planifient épargner suffisamment afin de disposer de 70 % de leur revenu de travail jusqu’à l’âge de 95 ans. Pour atteindre ce but, ils épargnent 16 700 $ à l’âge de 45 ans et augmentent ce taux de 1 % chaque année jusqu’à leur retraite à 67 ans. Leur cotisation annuelle à l’épargne-retraite se compose du 10 000 $ qu’ils versaient déjà chaque année dans leur CELI et de 6 700 $ investis dans leur REER.

Dai et Min ont aussi un plan d’épargne, mais le leur est moins bien défini. À 45 ans, ils ont commencé à verser annuellement 14 150 $ à leur REER seulement en haussant ce taux de 2 % chaque année. Ils planifient prendre leur retraite à 65 ans, mais n’ont pas vraiment réfléchi à la durée de leur épargne.

Comme l’illustre le tableau, les résultats sont probants. Même si Dai et Min haussent leur taux d’épargne annuel à un rythme plus élevé et, à l’âge de 60 ans, épargnent une somme annuelle supérieure à celle de Noah et Agathe, ils épuiseront leur revenu de retraite à l’âge de 80 ans. Même s’ils seront peut-être encore admissibles à la Sécurité de la vieillesse (SV) et au Régime de pensions du Canada (RPC), ils risquent de devoir modifier leur style de vie de façon radicale.

Toutefois, Noah et Agathe disposeront d’un revenu suffisant pour maintenir le style de vie qu’ils préconisent jusqu’à l’âge de 95 ans. Ils y parviennent en épargnant davantage, plus tôt et en tirant profit des avantages des rendements composés pour décupler leur régime d’épargne-retraite.

Les avantages de reporter la retraite

Sandra souligne qu’il y a d’autres facteurs à prendre en considération au-delà de trouver plus d’argent à mettre de côté. Par exemple, le fait que les gens plus âgés restent en santé plus longtemps signifie que l’âge de la retraite de 65 ans ne conviendra pas nécessairement à tous. Si une personne aime son travail, est capable physiquement d’en relever les défis et reporte ses années de loisirs, travailler jusqu’à la fin de la soixantaine peut être une option réaliste qui aura une incidence énorme sur sa situation financière. Dans le scénario présenté par Sandra, Noah et Agathe planifient travailler deux années de plus que Dai et Min, ce qui retarde le moment où ils commencent à retirer leurs fonds de retraite et permet donc à ceux-ci de poursuivre leur croissance. En reportant la retraite et le versement des prestations du RPC et de la SV, vous permettez à votre épargne de croître plutôt que d’être réduite.

Par ailleurs, votre objectif sera peut-être de cesser de travailler pour profiter de votre retraite le plus tôt possible. Bien des gens choisissent de partir graduellement à la retraite en travaillant à temps partiel un certain temps avant de cesser complètement de travailler. Toutes ces décisions auront des effets positifs ou négatifs sur votre plan de retraite.

D’autres facteurs peuvent jouer un rôle dans votre planification, et peu d’entre eux peuvent être anticipés quand vous commencez votre épargne-retraite. Par exemple, les conjoints ne prennent pas nécessairement leur retraite le même jour. Si vous avez eu des enfants plus tard, ils pourraient toujours habiter à la maison à l’âge où vous planifiez votre retraite. Vous devrez peut-être vous occuper de parents âgés ou même devoir subvenir aux besoins de trois générations au même moment.

Il ne suffit pas d’épargner : il faut un plan

En fin de compte, tout dépend de la situation individuelle de chaque personne, souligne Sandra. Mais elle insiste sur le fait que tout le monde devrait épargner en vue de la retraite, commencer tôt et cumuler un montant qui correspond à ses buts. Si vous commencez tôt, le temps peut être un allié de l’épargne, mais il peut aussi devenir un ennemi si vous laissez les années filer sans épargner pour la retraite. De plus, il est essentiel d’avoir un plan global qui réunit tous les facteurs : ce qui vous importe maintenant, vos préoccupations pour l’avenir lointain et ce à quoi vous pouvez vous attendre entre les deux.

DON SUTTON

PARLONS ARGENT ET VIE

ILLUSTRATIONS

VERONICA PARK

  1. « Rapport de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ÉLCV) sur la santé et le vieillissement au Canada : résultats de la collecte de données (2010-2015) », Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, 22 mai 2018, consulté le 1er octobre 2019 : https://www.clsa-elcv.ca/fr/node/90/2018/letude-longitudinale-canadienne-sur-le-vieillissement-publie-son-premier-rapport-sur-la Sara Harper et Mark Walport, « The Future of an Aging Population », The Government Office for Science, 2016, consulté le 3 octobre 2019.
  2. Bureau de l’actuaire en chef, « Projections de mortalité pour les programmes de sécurité sociale au Canada », Statistique Canada, avril 2014, consulté le 1er octobre 2019 : http://www.osfi-bsif.gc.ca/fra/oca-bac/as-ea/Pages/mpsspc.aspx
  3. Laurent Martel et Janet Hagey, « Un portrait de la population âgée de 85 ans et plus en 2016 au Canada », Statistique Canada, 3 mai 2017, consulté le 1er octobre 2019 : https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/as-sa/98-200-x/2016004/98-200-x2016004-fra.cfm
  4. « Pyramide de comparaison des âges », Statistique Canada, 3 avril 2019, consulté le 1er octobre 2019 : https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/dp-pd/pyramid/pyramide.cfm?type=2&geo1=01&geo2=01.
  5. « Rapport de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ÉLCV) sur la santé et le vieillissement au Canada : résultats de la collecte de données (2010-2015) », Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, 22 mai 2018, consulté le 1er octobre 2019 : https://www.clsa-elcv.ca/fr/node/90/2018/letude-longitudinale-canadienne-sur-le-vieillissement-publie-son-premier-rapport-sur-la André Picard, « New study aims to provide clues on how Canadian seniors can age healthily », The Globe and Mail, 21 mai 2018, consulté le 1er octobre 2019 : www.theglobeandmail.com/life/health-and-fitness/article-new-study-aims-to-provide-clues-on-how-canadian-seniors-can-age/
  6. « Déterminants sociaux de la santé et inégalités en santé », Statistique Canada, 28 juin 2019, consulté le 1er octobre 2019 : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/promotion-sante/sante-population/est-determine-sante.html