Au cours de la crise financière de 2008, 79 % des emplois perdus appartenaient à des hommes, le secteur manufacturier et le secteur des biens étant parmi les plus durement touchés. Cette fois-ci, les chiffres sont inversés : en mars, le premier mois de confinement au Canada, 62 % des 1,1 million d’emplois perdus étaient occupés par des femmes.1 Lorsque l’état d’urgence a été déclaré à l’échelle du pays, les magasins et les restaurants ont été forcés de fermer leurs portes. Les employés du secteur des services et les travailleurs à temps partiel, en particulier les femmes, en ont ressenti les effets le plus fortement.

Bien que de nombreuses femmes aient été mises à pied, d’autres doivent faire des heures supplémentaires, passer au télétravail et accroître la part de travail non rémunéré nécessaire à la gestion de leur foyer, d’autant plus que les écoles, les garderies et les camps de jour demeurent fermés. Selon Ingrid Macintosh, dirigeante responsable de la stratégie Les femmes et le patrimoine de Gestion de patrimoine TD, l’idée que les femmes sont censées rapporter autant à leur ménage, tout en faisant la plus grande part des tâches à la maison, a des conséquences profondes.

« La charge de travail accrue à la maison ajoute six heures à une journée de travail normale », dit-elle. « Les femmes en prennent sans doute trop sur leurs épaules et ont un rythme intenable qui pourrait les forcer à arrêter de travailler. Les dommages à l’économie et aux progrès réalisés pourraient être dévastateurs. »

Alors que l’économie rouvre lentement, Ingrid Macintosh soutient qu’il est devenu clair que les choses doivent changer à l’échelle du système afin d’encourager la pleine participation des femmes à l’économie. S’il s’agit bel et bien d’une récession « au féminin », elle estime que toute reprise « au féminin » passera par les facteurs ci-dessous :

1. Options de travail flexible

La flexibilité est le fondement d’une culture de travail inclusive, et un outil essentiel pour favoriser la diversité, l’équité et l’inclusion. Selon Mme Macintosh, c’est ce qui permet aux femmes et aux autres personnes qui ont des responsabilités d’aidant naturel de participer pleinement au sein de leur milieu de travail et de réussir. « Nous devons aller au-delà des mesures d’adaptation et parler de la transformation du milieu de travail », affirme-t-elle. « Des études montrent que la flexibilité favorise le maintien d’emploi, les aspirations professionnelles et la productivité, tout en réduisant l’absentéisme. » Espérons qu’avec le recul, nous pourrons tirer les meilleures leçons de la COVID-19 pour innover et créer un meilleur environnement pour les femmes.

2. Environnements psychologiquement sécuritaires

Bien que beaucoup d’entre eux aient remué ciel et terre pour permettre à leurs effectifs de travailler de la maison, selon Mme Macintosh, les employeurs doivent également se concentrer sur la création d’environnements sûrs où les femmes peuvent échanger et discuter des défis auxquels elles sont encore confrontées : « Les dirigeants doivent créer des lieux sûrs sur le plan psychologique afin que nous puissions réellement communiquer avec les femmes et tenir des conversations ouvertes pour comprendre ce qu’elles vivent. Étant donné que les infrastructures qui les soutenaient dans leur carrière ne sont plus là, nous devons aider les femmes à travailler différemment pour alléger leur fardeau. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de voir les femmes se retirer du marché du travail », prévient-elle.

3. Apprendre de l’histoire

Selon Mme Macintosh, cette conversation ne porte pas seulement sur l’amélioration de la vie des femmes : « Nous savons que les différences de pensée et le leadership que les femmes apportent sont essentiels à la réussite des entreprises et de l’économie. Quand nous reviendrons sur cette période particulière, il faudra adopter le bon point de vue, tirer les meilleures leçons en matière d’innovation et d’options de travail flexible, sans tenir compte du rendement des femmes ni des décisions qu’elles ont prises, puisqu’elles auront fait face à des pressions disproportionnées pendant la pandémie de la COVID-19. Les entreprises et les femmes seront perdantes si nous n’en ressortons pas plus fortes et si nous ne défendons pas les progrès réalisés ».

– Denise O’Connell, Parlons Argent et Vie

  1. Statistique Canada.  Enquête sur la population active, mars 2020 https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/200409/dq200409a-fra.htm. Page consultée le 17 juin 2020.