À 72 ans, il n’avait jamais vu autant d’argent tout bonnement disparaître. Il regarda son relevé encore une fois et — avait-il bien compris? Oui, son compte avait baissé de 12 000 $. En un seul mois. Il avait bien vu aux nouvelles que les marchés boursiers traversaient une période difficile, mais . . . ce relevé le laissait sans voix. Après toutes ces années à développer son entreprise de construction, voilà que l’argent que sa femme et lui avaient épargné pouvait tout simplement se volatiliser.

Dans le courriel qu’il rédigea à l’intention de son conseiller, il disait, un peu à la blague, qu’il espérait qu’il y avait eu une erreur. Il expliquait que sa femme et lui étaient des gens ordinaires et qu’ils ne comprenaient pas le monde des placements, mais qu’il serait peut-être préférable qu’ils vendent tous leurs placements liés à des actions et ne compter que sur leur argent liquide pour le reste de leur vie.

Si vous aussi avez tendance à paniquer, vous ne manquez pas de sujets d’inquiétude ces jours-ci.

Le contexte politique mondial peut sembler plus instable qu’à l’habitude en raison des guerres commerciales en cours, du mécontentement suscité par le Brexit en Europe, d’un retour apparent des tensions de la guerre froide et d’un marché boursier montrant des signes de volatilité. Les taux d’intérêt ont augmenté, et l’économie robuste en 2018 se trouve soudain ébranlée en 2019. Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve, mais si vous êtes déjà nerveux, il ne peut s’agir que de mauvaises nouvelles de plus.

Les périodes d’anxiété peuvent vous conduire à être inquiet pour votre argent, à remettre en question vos plans d’avenir et à vous demander ce qui vous attend. Peut-être est-ce le moment où surviennent les « et si » : Et si vous ne pouviez pas prendre votre retraite au moment voulu? Et si l’économie coulait et que votre épargne s’effondrait? Et si vous perdiez votre emploi ou tombiez malade et étiez forcé de vendre votre maison? Et si vous aviez épuisé votre épargne à 85 ans?

Si vous êtes atteint d’un cas sévère de « et si », c’est compréhensible. Mais toutes ces questions peuvent également s’avérer contreproductives. Prendre une décision irréfléchie dans l’angoisse de voir disparaître une partie de vos gains récents pourrait vous conduire à prendre des mesures que vous pourriez éventuellement regretter. Avant d’agir, il y a certains points dont vous devriez peut-être tenir compte :

Élaborez un plan global

Selon Tannis Dawson, vous ne devriez pas laisser les « et si » dicter vos décisions. La planificatrice pour les clients à valeur nette élevée de Gestion de patrimoine TD croit qu’essayer d’éviter les problèmes et retirer les placements sur un coup de tête peuvent entraîner des difficultés encore plus importantes. Bien que nul ne possède de boule de cristal, elle contribue à élaborer des stratégies de gestion de patrimoine qui ont pour objectif de vous protéger contre les périodes difficiles dans la mesure du possible.

Mme Dawson explique que même si un effondrement du marché boursier et un ralentissement de l’économie ne sont peut-être pas les bienvenus et peuvent affoler ceux qui n’ont jamais connu une telle situation, liquider vos placements durant les périodes d’instabilité pourrait avoir pour conséquence de vous faire rater une reprise des marchés. Les actions et les fonds communs de placement ne progressent pas en ligne droite et de manière prévisible. Si vous analysez l’évolution des principaux indices boursiers après les replis de 2001 et de 2008, vous verrez que le marché s’est toujours redressé. Tout comme les Canadiens peuvent être certains qu’il y aura une terrible tempête de neige chaque hiver, nul ne peut vraiment prévoir quel jour elle se produira ni quelle quantité de neige il faudra pelleter. Il en va de même pour le marché boursier. Il y aura toujours un ralentissement, parfois marqué, mais personne n’en connaît la date. Pourtant, la reprise qui suit peut propulser le marché vers de nouveaux sommets.

Principales chutes et reprises du marché

Le graphique suivant montre le temps qu’il a fallu à l’indice S&P 500 pour se redresser à la suite des fortes baisses de 2001 et de 2008. Source : Bloomberg Finance L.P., au 7 février 2019.

Selon Mme Dawson, si les clients sont inquiets durant cette période et veulent savoir si leur plan est bien protégé des effets de la volatilité ou confirmer qu’il continue de répondre à leurs objectifs, ils peuvent simplement communiquer avec leur conseiller pour en discuter.

« Lorsqu’un conseiller rencontre ses clients, il leur dit habituellement, “Nous avons prévu cette situation, et nous avons conçu votre plan de façon à y faire face” », dit-elle.

Un bon plan… offre une perspective

Si vous avez été habitué à une croissance soutenue de votre plan de gestion de patrimoine depuis dix ans, en perdre une partie en deux mois peut s’avérer pour le moins choquant. Mais selon Mme Dawson, il peut être dangereux de déplacer ses pions dans ces circonstances. Par exemple, si 30 pour cent de votre portefeuille est composé d’actions, une perte brutale pourrait fortement vous inciter à vendre ces actions et à transférer les fonds dans un type de placements apparemment plus sûr comme des liquidités ou des CPG.

Cependant, selon Mme Dawson, une telle décision pourrait aggraver le problème, car on peut certes avoir subi une perte sur papier, mais le fait de vendre peut cristalliser cette perte, éliminant ainsi la possibilité de voir les placements rebondir. En outre, lorsqu’un nouveau cycle de croissance s’amorce, l’investisseur qui a gardé ses fonds en espèces ne peut profiter de la reprise du marché.

« Je dis aux gens, “Si vous n’êtes pas dans le marché au moment où il redémarre, vous pourriez rater cette croissance” », ajoute-t-elle.

Elle rappelle ensuite comment les gens peuvent mettre en perspectives les turbulences mineures.

« Si les clients sont encore à des années de leur retraite, les conseillers leur disent habituellement que le marché est effectivement en baisse, mais qu’ils n’ont probablement pas besoin d’avoir accès à leur épargne-retraite tout de suite. Le temps peut aider les placements à se remettre de leurs pertes avant que la plupart des investisseurs aient besoin de leurs fonds », dit-elle.

Et pour ce qui est des retraités, s’ils ont un bon plan de gestion de patrimoine, ils disposent habituellement de l’équivalent de deux ou trois ans de dépenses courantes sous forme de liquidités ou de placements à faible risque, qui ne seront probablement pas touchés par une baisse de marché. Par conséquent, leurs placements de croissance peuvent avoir le temps de se relever.

Avoir de la perspective est important, dit-elle, car les gens oublient souvent l’époque où ils bénéficiaient d’une croissance au-dessus de la moyenne et croient que toute période de prospérité récente est la norme. Elle rappelle aux gens ce qu’ils doivent attendre avant tout d’un plan de gestion de patrimoine : un plan doté d’un point de vue personnalisé, qui doit évoluer en même temps qu’eux et qui est basé sur la réalité, sans lunettes roses.

Un bon plan… est personnalisé

Afin d’éviter un plan standard qui est mal adapté à votre situation individuelle, votre plan doit prendre en compte la personne que vous êtes, votre situation et ce que vous voulez dans la vie, dit Mme Dawson. Le conseiller s’assoit avec le client et discute avec lui afin de découvrir ce qu’il veut faire de son argent — que ce soit prendre sa retraite à 59 ans, acheter un voilier pour le chalet ou laisser un bel héritage a ses petits-enfants.

L’élaboration d’un plan s’avère également une excellente occasion de corriger le cap si votre style de vie actuel ne correspond pas à vos objectifs d’épargne. Par exemple, si vous ne mettez pas assez d’argent de côté à 40 ans, il est sans doute préférable de faire un petit ajustement maintenant plutôt que d’être forcé de faire un changement beaucoup plus important au moment où vous ne serez plus qu’à quelques années de prendre votre retraite.

Une partie de cette discussion est consacrée à déterminer votre tolérance au risque, autrement dit, quels genres de placements conviennent à votre situation et à vos objectifs. Par exemple, bien que les liquidités soient le type de placement le plus sûr, leur faible croissance pourrait s’avérer insuffisante pour vous permettre d’atteindre vos objectifs finaux. Certaines personnes peuvent avoir de l’aversion pour les aléas des placements à croissance plus élevée. Habituellement, les gens peuvent choisir un juste milieu entre les deux extrêmes.

Planifiez de façon réaliste et modifiez le plan au besoin

Un plan repose sur des données précises : ce que vous avez et ce que vous voulez en faire, dit Mme Dawson. Même si nous aimerions tous acheter une île dans une mer du Sud à la retraite, il n’est pas suffisant de le souhaiter pour y arriver. Toutefois, les détails exacts sur vos obligations financières, votre flux de revenu, vos épargnes et vos attentes en matière de patrimoine peuvent permettre de créer un plan réaliste. Ce plan ne vous permettra peut-être pas d’acheter une île, mais il pourrait déterminer votre capacité de la visiter ainsi que la qualité de l’hôtel.

À titre d’exemple, Mme Dawson montre du doigt l’une des plus grandes disparités qui ressortent souvent des plans des clients : l’estimation de leurs dépenses à la retraite. De nombreux clients croient en effet qu’ils seront en mesure de vivre avec 75 pour cent du coût de leur ancien style de vie, ou même moins. En réalité, bien des gens dépensent le même montant qu’avant leur retraite. Pourquoi? La plupart des nouveaux retraités ont davantage de temps et de motivation pour faire ce qu’ils n’ont jamais eu le temps de faire lorsqu’ils travaillaient (comme profiter de vacances luxueuses en Europe), ce qui peut gruger leurs économies même s’ils dépensent moins au jour le jour. C’est dans cette optique que Mme Dawson recommande vivement aux gens de faire preuve de réalisme à l’égard de leurs futures dépenses, et de toutes leurs prévisions, afin de contribuer à réaliser un plan de retraite plus précis.

Nous sommes peu nombreux à traverser notre vie sans revoir nos priorités à mesure que le temps passe ou lorsque des événements, par exemple l’arrivée d’un enfant, nous pressent eux-mêmes de le faire. Votre plan de gestion de patrimoine doit prendre en compte tous les changements, qu’ils soient positifs ou négatifs, car le montant que vous pouvez ultimement épargner, le temps qui sera nécessaire pour réaliser cette épargne et ce que vous voulez faire de ces fonds doivent refléter votre situation actuelle et non votre situation antérieure.

« On ne sait jamais quel événement marquant va nous toucher », dit Mme Dawson.

Au bout du compte, il s’agit de faire confiance au plan

Selon Mme Dawson, le fait de discuter avec votre conseiller peut vous aider à mettre les choses en perspective et vous donner l’assurance d’être sur la bonne voie. Par ailleurs, une personne qui n’a pas de plan de gestion de patrimoine pourrait consulter un conseiller pour y voir plus clair sur ce qu’il convient de faire à propos de ses finances.

Bien que l’actualité mondiale ou les informations sur les marchés financiers puissent être inquiétantes, Mme Dawson rappelle aux gens qu’ils peuvent apprendre à faire fi du bruit environnant et à se concentrer sur leur plan à long terme, qui pourrait être à l’abri de la volatilité à court terme des marchés.

Globalement, il ne faut pas oublier que les générations qui nous ont précédés ont été confrontées à des conditions économiques difficiles, des tensions politiques et des conflits internationaux, comme le seront peut-être les générations qui nous suivront. Il se peut que nous-mêmes, ainsi que nos plans de gestion de patrimoine soyons secoués, mais à la fin, il suffira sans doute de se réajuster, de se remettre sur les rails et de continuer.

« Bien que les résultats à court terme puissent s’avérer décevants, une vision à long terme pourrait montrer que l’histoire récente n’est qu’un léger hiatus sur la voie de la réalisation de nos objectifs », déclare Mme Dawson. « Ne prenez pas de décision irréfléchie — après tout, votre conseiller est là pour vous aider. »

— Don Sutton, Parlons argent et vie