Si vous perdiez votre emploi, combien de temps pourriez-vous subvenir à vos besoins? Deux mois? Six mois? Un an? Deux ans?

Comment paieriez-vous vos factures? En vous endettant? En touchant à vos REER? En vendant votre maison?

Est-ce que cela vous empêcherait de dormir la nuit? Paniqueriez-vous?

Ce sont là des questions difficiles. Personne n’aime imaginer perdre son emploi ou tomber malade au point de ne plus pouvoir travailler, mais Tannis Dawson, planificatrice pour les clients à valeur nette élevée à Gestion de patrimoine TD, pense que c’est important de se préparer au pire. En effet, ces situations n’arrivent pas qu’aux autres, et rares sont ceux qui sont préparés à faire face à une urgence financière. Selon elle, tout le monde devrait établir un plan pour pouvoir surmonter un éventuel coup dur financier.

Elle ajoute que la plupart des gens ne prennent donc pas les précautions nécessaires, car ils pensent que ça ne leur arrivera pas. Et c’est ce type de raisonnement qui peut nous mener à ignorer certaines situations négatives jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Pensons au nombre de Canadiens qui ont des difficultés financières chaque année. Un récent sondage laisse entendre que 46 % des Canadiens sont à 200 $ près d’être incapables de payer leurs factures chaque mois, et un rapport de Statistique Canada indique que notre taux d’épargne est proche de 1 % de notre revenu, ce qui était le point le plus bas jamais enregistré.1,2 De plus, selon les statistiques, 57 000 Canadiens ont déclaré faillite au cours de la dernière année, et plus de 73 000 personnes ont renégocié les modalités de remboursement de leurs dettes avec leurs créanciers.3

Selon Tannis Dawson, nous devrions tous songer à établir un fonds d’urgence qui nous permettrait de subvenir à nos besoins pendant trois mois en cas de perte de revenus. Et il ne s’agit pas ici d’économies accumulées dans un compte d’épargne, mais d’argent spécifiquement mis de côté en prévision d’imprévus. Cet argent est destiné à n’être utilisé qu’en cas de situation grave. Un fonds d’urgence pourrait vous aider à traverser une période difficile et à redresser votre situation financière.

« Pour ceux qui vivent au-dessus de leurs moyens, d’un chèque de paie à l’autre, ça ne prend pas grand-chose pour se retrouver dans le pétrin. Une simple hausse des taux d’intérêt pourrait suffire », indique-t-elle.

Si vous n’avez pas encore réfléchi à ce que vous feriez en cas de difficultés financières, ou même simplement si votre chauffe-eau brisait en même temps que votre toit se mettait à couler, il n’est pas trop tard. Voici quelques conseils sur la façon d’établir un fonds d’urgence, de s’en servir et de redresser sa situation financière après avoir utilisé son fonds d’urgence.

Établir un fonds d’urgence

Selon Tannis Dawson, en plus d’aider à traverser une crise de courte durée, un fonds d’urgence permet de mieux gérer le stress en cas de perte de revenus liée à une cessation d’emploi ou à une maladie.

Par exemple, l’absence d’un solide plan en cas de revers financier pourrait mener certaines personnes à prendre de mauvaises décisions susceptibles d’aggraver leur situation, comme avoir recours à un prêteur à intérêt élevé. Disposer d’un fonds d’urgence donne un certain répit.

Tannis Dawson explique qu’elle aide ses clients à établir des plans structurés, mais flexibles qui leur permettront d’atteindre leurs objectifs de gestion de patrimoine et de concrétiser leurs projets de vie. Cela passe par des plans d’urgence pour pouvoir réagir en cas de difficultés financières temporaires.

Selon elle, un fonds d’urgence doit correspondre à trois mois de salaire. Pourquoi trois mois? Si vous perdez votre emploi, il peut y avoir un certain délai avant que vous commenciez à recevoir les prestations de l’assurance-emploi, et bien sûr, vous pourriez aussi mettre un certain temps à trouver un nouvel emploi.

Par contre, on ne met pas de côté trois mois de salaire du jour au lendemain; pour ce faire, il faut aussi un bon plan Elle recommande de revoir ses priorités financières et d’éliminer les dépenses superflues, surtout pour les personnes dont la situation d’emploi semble instable.

Parmi les options : mettre de petits montants d’argent de côté ici et là. Par exemple, si vous mettez de côté 5 % de votre chèque de paie (après impôts) vous aurez accumulé l’équivalent de trois mois de salaire en sept ans. Vous pourriez aussi songer à établir des virements automatiques vers un compte d’épargne distinct. Ces virements pourraient être synchronisés avec le versement de votre paie. Cela revient à vous payer en premier.

À quel moment utiliser votre fonds d’urgence

Sans fonds d’urgence, les difficultés financières peuvent porter un coup à votre bien-être mental. Vous pourriez être obligé d’emprunter de l’argent à tous ceux qui acceptent de vous en prêter et, dans la précipitation, vous pourriez prendre des décisions trop drastiques. Tannis Dawson explique que certaines solutions pour obtenir de l’argent afin de payer ses factures sont meilleures que d’autres. Par exemple, les cartes de crédit sont pratiques, mais leurs taux d’intérêt ne feront qu’aggraver votre situation si vous êtes incapable de rembourser vos soldes mensuels au complet.

En cas d’urgence, voici les solutions qu’elle suggère, dans l’ordre :

1. Fonds d’urgence : Idéalement d’une valeur correspondant à trois mois de salaire, ce fonds pourrait vous aider à faire face à des situations à court terme, comme une perte d’emploi.

2. Épargne générale : Si vous disposez de liquidités ou de quasi-liquidités, vous pouvez utiliser ces fonds avant de toucher à des placements qui rapportent des intérêts.

3. Compte d’épargne libre d’impôt : Comme votre CELI pourrait être lié à des placements, le convertir en liquidités pourrait prendre un certain temps. N’oubliez pas que si votre CELI fait partie de votre plan de placement, il faudra possiblement revoir vos placements si vous y touchez.

4. Ligne de crédit sur valeur domiciliaire : Dès que vous commencez à utiliser une LDCVD, ou toute autre ligne de crédit, vous commencez à payer de l’intérêt sur le montant que vous retirez.

5. Régime enregistré d’épargne-retraite : Comme les REER sont conçus pour vos années de retraite, vous ne devriez les utiliser qu’en dernier recours. De plus, retirer des fonds d’un REER peut entraîner une autre série de problèmes puisqu’il faudra payer de l’impôt sur ces retraits. Tannis Dawson insiste aussi sur le fait qu’une fois que vous aurez redressé votre situation, vous devrez peut-être épargner encore plus qu’avant afin de compenser le manque à gagner pour atteindre vos objectifs de retraite.

Les assurances

Lorsqu’on perd soudainement son emploi, on néglige parfois la question des assurances. Si votre employeur vous offre des avantages sociaux, vous bénéficiez peut-être d’une assurance invalidité, d’une assurance vie et d’une assurance maladie. Or, en cas de perte d’emploi, vous n’auriez peut-être plus droit à ces avantages alors que vous aurez toujours besoin d’assurance. Cela peut augmenter votre fardeau financier. Tannis Dawson recommande à chacun de bien évaluer sa situation, et à titre préventif, de songer à souscrire une assurance autre que celle de son employeur.

Lorsqu’on est vulnérable, un fonds d’urgence et une assurance invalidité ou maladie grave peuvent être complémentaires. Avec le fonds d’urgence, vous pouvez continuer à payer vos primes d’assurance et donc garder ces protections. Et si vous tombez malade, vos assurances vous procureront un soutien financier.

Redresser sa situation

Après avoir utilisé son fonds d’urgence, il est raisonnable de s’interroger quant à la façon de redresser sa situation. Il faudra possiblement établir un nouveau budget pour limiter les dépenses superflues et se concentrer sur les besoins essentiels.

« Il est très important d’établir un budget. Mieux vaut consulter son conseiller pour connaître ses options. Il n’est pas toujours évident de savoir où couper, surtout quand on est habitué à un certain mode de vie », explique Tannis Dawson.

Elle ajoute qu’un conseiller peut aider à établir un nouveau budget adapté aux circonstances et qui permettra de retrouver une situation financière normale.

Elle reconnaît qu’il peut être difficile de rétablir sa situation financière, même après le retour des chèques de paie. Quelqu’un pourrait avoir puisé dans ses économies ou accumulé des dettes pour réussir à s’en sortir. Si de l’argent a été retiré d’un REER, il faudra peut-être prendre des mesures importantes pour corriger la situation, surtout quand on est proche de la retraite.

Selon Tannis Dawson, il faut parfois augmenter ses cotisations, adopter une approche de placement plus audacieuse ou continuer à travailler quelques années de plus.

Peu importe votre situation, elle est d’avis qu’un conseiller sera en mesure de vous aider à vous préparer à faire face à une urgence, en espérant qu’elle n’arrive jamais. Elle croit aussi qu’un conseiller pourra aider les personnes en situation de crise ou qui tentent de redresser leur situation financière en leur offrant des solutions pratiques qui les aideront à se remettre sur la bonne voie plus rapidement.

DON SUTTON

PARLONS ARGENT ET VIE

ILLUSTRATION

DANESH MOHIUDDIN

  1. Grant Bazian, Les Canadiens davantage préoccupés par leurs dettes, les taux d’intérêt et leurs finances personnelles qu’en septembre, MNP Ltée, 21 janvier 2019, consulté le 23 juillet 2019, https://mnpdettes.ca/fr/billet-de-blogue/les-canadiens-davantage-preoccupes-par-leurs-dettes-les-taux-dinteret-et-leurs-finances-personnelles-quen-septembre
  2. Beata Caranci, , Groupe Banque TD, 17 juin 2019, consulté le 23 juillet 2019, https://economics.td.com/quarterly-economic-forecast-fr
  3. , Statistique Canada, avril 2019, consulté le 23 juillet 2019, http://www.ic.gc.ca/eic/site/bsf-osb.nsf/fra/br04100.html#tbl4