Prisha* est mère de deux garçons adolescents. Il y a quelques mois à peine, le soccer intérieur, son nouveau poste en communications et son travail d’entraîneuse à temps partiel en faisaient une femme occupée, mais pas débordée. Elle conjuguait bien toutes ces occupations, et prenait même plaisir à ce rythme de vie dynamique.

Son père et sa belle-mère, bien que septuagénaires, étaient encore actifs, profitaient de la vie et voyageaient. « La vie suivait son cours, confie-t-elle. Je me sentais occupée, mais pas stressée. »

Jusqu’à ce que frappe la pandémie de COVID-19. Les écoles ont fermé, sans aucun programme d’apprentissage à distance pendant de nombreuses semaines. En plus de sa charge de travail habituelle, Prisha s’est retrouvée investie du rôle d’enseignante, ce qui s’est révélé un défi pour elle. Son nouvel emploi, elle l’exerce maintenant de son foyer où, malheureusement, son conjoint n’est pas d’une grande aide. Finis les contrats d’entraînement, la distanciation physique l’empêchant de voir ses clients. Et ses parents, qui sont en bonne santé et qui étaient actifs auparavant, comptent maintenant sur elle comme lien avec le monde extérieur.

Sans le savoir peut-être, Prisha appartient à ce qu’on appelle la « génération sandwich », ces adultes qui doivent prendre soin de leurs parents vieillissants en même temps qu’ils s’occupent encore de leurs propres enfants. Selon Statistique Canada, en 2018, plus de 700 000 Canadiens – principalement des femmes – s’occupaient à la fois de leurs enfants et de leurs parents, la tranche d’âge des 45 à 64 ans étant la plus représentée, à 75 %1.

Même en situation idéale, il peut être grandement stressant et éprouvant sur le plan émotionnel de se retrouver ainsi responsable du bien-être financier et physique de plusieurs personnes. Si votre situation ressemble un tant soit peu à celle de Prisha, vous avez peut-être tendance à vous sentir seul et dépassé. Heureusement, il existe des moyens pour vous de réduire le stress et de prendre soin de vous en ces temps si particuliers.

Quelles sont les répercussions de la COVID-19 sur la génération sandwich?

« Tout d’un coup, les aidants auprès d’adultes se retrouvent devant des dilemmes qui ne se posaient peut-être pas avant, explique Heather Mountford, planificatrice spécialiste de la fiscalité et des successions à Gestion de patrimoine TD. Certaines familles doivent décider s’il faut retirer leurs parents âgés d’un établissement de soins de longue durée pour les accueillir chez eux – une décision très délicate. Cette période peut produire énormément de stress et d’inquiétude. »

« La COVID-19 pose des défis supplémentaires à cette génération souvent déjà très sollicitée en temps normal, ajoute Gina Di Giulio, directrice, Santé mentale pour MedCan, une clinique privée. Les aidants doivent s’occuper de leurs parents et de leurs enfants tout en respectant les mesures de distanciation sociale en place, ce qui leur complique la tâche. Ils sont confrontés à des situations qu’ils n’avaient jamais connues, et qui exigent plus d’attention et de temps – un temps qui leur fait souvent défaut. »

Mme Di Giulio souligne aussi le stress supplémentaire que peut amener le fait de se retrouver enseignant, responsable de gérer le travail scolaire de ses enfants au moyen de technologies parfois complexes ou défaillantes. Ceux qui occupaient déjà un emploi peuvent avoir à gérer en plus leur propre charge de travail et des responsabilités additionnelles – de quoi se sentir surchargé.

Les femmes en particulier risquent d’être les plus durement touchées. « Dans environ 70 % des ménages, les femmes sont les principales aidantes pour les membres âgés de la famille, explique Mme Di Giulio. Les mères ont aussi tendance à mettre de côté leurs propres besoins pour se concentrer sur ceux de leurs enfants et de leurs parents vieillissants, ce qui augmente considérablement la probabilité pour les femmes de la génération sandwich de vivre plus de stress et d’anxiété. »

Comment évacuer son stress?

La réponse n’est pas si simple. La sagesse populaire veut que vous preniez du temps pour vous, fassiez des choses que vous aimez et vous appuyiez sur un réseau d’amis et de proches. Difficile, avec les mesures de distanciation physique.

« Heureusement, il reste des choses que les gens peuvent faire pour prendre soin d’eux-mêmes et réduire leur niveau de stress, rappelle Mme Di Giulio. Les gens peuvent encore faire certaines des choses qu’ils aimaient faire avant la COVID, à condition de s’ajuster au climat actuel. » Elle cite l’exercice physique comme étant l’une des meilleures façons de gérer le stress et de prendre soin de soi. « On peut trouver en ligne des séances d’entraînement gratuites pour tous les niveaux de forme physique, et qui n’exigent pas d’équipement, dit-elle. Et il est encore recommandé et sécuritaire de sortir marcher, à condition de suivre les consignes de distanciation sociale. » Mme Di Giulio suggère également de suivre une routine et un cycle sommeil-éveil régulier, et de se servir des plateformes vidéo en ligne pour maintenir ses relations sociales.

Comment réduire l’anxiété au sujet de nos proches?

Le fait de se sentir pris de court ou incertain sur le plan financier peut aussi ajouter au stress, selon Mme Mountford. Pour retrouver une certaine paix d’esprit, songez à mettre de l’ordre dans vos affaires afin d’être prêt en cas d’urgence. Le moment est peut-être venu d’avoir certaines conversations longtemps reportées par peur du malaise. « En étant confrontés à notre mortalité et à celle de nos proches, on sent le besoin de discuter de choses comme la planification successorale et les soins de fin de vie, explique Mme Mountford. La discussion sera peut-être inconfortable, mais l’éviter pourrait vous faire vivre encore plus d’anxiété. »

Mme Mountford recommande de vérifier auprès de ses parents s’ils ont planifié leur succession et si leurs documents sont à jour. « Idéalement, ils vous confieront qui ils ont choisi comme liquidateur ou exécuteur testamentaire et comme avocat ou notaire, dit-elle. Demandez-leur s’ils ont des procurations et des testaments et où ils conservent ces documents. Faites aussi parvenir une copie des procurations aux personnes concernées, au cas où il faudrait prendre d’urgence des décisions en matière de santé ou de finances. »

Il est également important à ce stade de discuter ouvertement et franchement des décisions de fin de vie. « Assurez-vous que les personnes autorisées à prendre des décisions à votre place connaissent vos volontés. Elles sont tenues par la loi de respecter ces volontés, que vous les ayez communiquées par écrit ou verbalement », rappelle Mme Mountford.

Un dernier conseil de Mme Di Giulio : « Tenez-vous-en aux faits et cherchez à calmer les gens. Ne laissez pas les médias sociaux accaparer trop de votre énergie et de votre temps. Ils débordent de fausses informations et risquent d’alimenter votre anxiété. Et surtout, si vous vous sentez stressé, faites appel à des professionnels qui peuvent vous aider. »

*Nom modifié pour préserver l’anonymat.

DENISE O’CONNELL

PARLONS ARGENT ET VIE

ILLUSTRATION

VERONICA PARK

  1. Statistique Canada. Les aidants au Canada, 2018. 8 janvier 2020. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/200108/dq200108a-fra.htm. Consulté le 20 avril 2020.