DR ADAM STEWART

MÉDECIN DE FAMILLE

R: Super! Réjouissez-vous : c’est une période passionnante et une réussite dont il faut tirer une grande fierté. Si vous venez tout juste de terminer vos nombreuses années d’études en médecine et que vous vous apprêtez à ouvrir votre propre cabinet, je vous félicite.

Mais ça peut aussi être un peu éprouvant. Un peu chaotique. Un peu intimidant. Surtout ces jours-ci, pendant une pandémie mondiale. Vous vous demandez peut-être par où commencer. Sur quoi vous devriez vous concentrer.

On me demande souvent des astuces et des conseils pour la gestion d’un cabinet. Je vous propose ici trois points auxquels vous auriez peut-être intérêt à réfléchir au début de votre parcours de propriétaire d’entreprise. Ils valent pour la situation actuelle, pendant la pandémie, mais aussi pour l’avenir. Il s’agit de pratiques gagnantes que j’aurais aimé connaître à mes débuts et de choses qui m’ont aidé au cours de mes 10 premières années en tant que médecin.

Votre entreprise est entièrement axée sur les gens

On entend parfois dire que : « La culture mange la stratégie au déjeuner ». Déployez les efforts nécessaires pour que les collègues, les employés, les conseillers financiers et les conseillers d’affaires avec qui vous travaillez soient qualifiés et intègres.

Tirez parti de l’expertise de médecins chevronnés. Leur connaissance du terrain peut vous aider à réaliser que les choses ne se passent pas toujours comme on vous l’a dit à l’école. Il est aussi important de s’inspirer du travail des cabinets bien gérés. Par contre, n’ayez pas peur de tracer votre propre voie. Faites tomber les barrières et bousculez le statu quo. Votre regard neuf et votre passion peuvent être des atouts majeurs.

Embauchez des gens exceptionnels et traitez-les bien. Apportez votre soutien aux personnes qui travaillent pour vous au lieu de les sanctionner. Lorsqu’une erreur a été commise, évitez de pointer du doigt le ou les coupables. Concentrez-vous plutôt sur le système et les procédures à l’origine du problème et cherchez des solutions pour éviter que la situation se reproduise. Favorisez un milieu de travail positif et agréable.

Cela dit, si des problèmes importants surviennent avec un membre du personnel ou un collègue, il est important d’en parler de façon claire et directe.

N’oubliez pas que votre priorité est de prendre soin de vos employés exceptionnels pour leur donner envie de rester. Vous devez tout faire pour que le taux de roulement de vos employés reste bas, car le recrutement et la formation de gens pour occuper des postes essentiels coûtent cher. Il existe des livres, des cours et des diplômes qui mettent l’accent sur ce genre de choses, alors je ne vais pas m’étendre là-dessus. Mais sachez à quel point ces notions sont essentielles.

2. Établir les politiques de l’entreprise et s’y tenir

Il m’a fallu quelques années avant de me rendre compte de l’importance de cet aspect, et je regrette de ne pas m’en être occupé dès l’ouverture de mon cabinet.

Au quotidien, votre équipe et vous allez être confrontés à des problèmes récurrents qui justifient la création d’une politique officielle de l’entreprise. En voici quelques exemples :

  • Les patients qui arrivent en retard ou qui ne viennent pas à leur rendez-vous
  • Les patients qui ont un comportement perturbateur ou qui sont impolis envers le personnel
  • Les patients qui oublient d’apporter leur carte d’assurance maladie
  • Les frais pour les ordonnances sans consultation
  • Les frais pour les services médicaux non assurés
  • La prescription d’opioïdes, de benzodiazépines, de cannabinoïdes et de somnifères

À mon avis, il est essentiel d’éviter de récompenser les comportements négatifs. Ça ne fait que les encourager. Si vous établissez les règles à suivre dans votre cabinet et que vous les faites respecter, vous aiderez à aligner les attentes des patients sur celles des médecins. Si ça ne convient pas à certains patients, ils iront peut-être voir ailleurs, ce qui évitera, pour eux comme pour vous, la frustration d’une relation improductive.

L’an dernier, j’ai visité une clinique gérée par de jeunes médecins en début de carrière. Ils avaient déjà officialisé des politiques claires et fermes sur ces questions, de sorte que chaque nouveau patient qui se présentait pour s’inscrire savait à quoi s’attendre. J’étais heureux pour eux – et un peu jaloux – qu’ils aient, dès leur première année de pratique, réussi à mettre en place quelque chose qui m’avait pris plusieurs années.

3. Concilier travail et vie personnelle

Ça peut sembler être un cliché, mais les clichés renferment parfois des vérités essentielles. La question de l’épuisement professionnel des médecins est de plus en plus d’actualité, et pour cause : c’est toujours plus facile d’accélérer la cadence que de ralentir.

Je m’en rends compte maintenant que ça fait 10 ans que j’ai commencé ma carrière. Une fois qu’un cabinet a atteint une certaine taille, il est très difficile de revenir en arrière. Il faut savoir que 1 à 2 % des patients d’un cabinet de médecine familiale meurent chaque année. C’est la triste réalité. Pour un cabinet qui suit 1 500 patients, ça équivaut à une perte de 15 à 30 patients par année. Certains patients quittent aussi le cabinet pour d’autres raisons. Mais il y a aussi des patients qui ont des bébés. Sachant cela, il pourrait falloir plus de six ans à un médecin pour passer de 1 500 patients à 1 300!

Vous pouvez essayer de contrôler la croissance de votre cabinet en limitant le nombre de nouveaux patients et de premiers rendez-vous par semaine. Ça vous aidera à maîtriser la croissance et à bien connaître votre taux d’occupation pour éviter d’accepter des centaines de patients en masse.

Je vous suggère également de bloquer de temps en temps des semaines complètes de votre horaire, par exemple, une semaine tous les deux ou trois mois. Vous n’avez pas besoin de déterminer à l’avance ce que vous ferez pendant cette période, mais vous pourrez en profiter pour partir en vacances, vous reposer chez vous, suivre une formation médicale continue ou simplement rattraper votre retard dans vos tâches administratives. Si vous ne prenez pas les devants, il risque de s’écouler plusieurs mois avant que vous puissiez faire une pause, car vous aurez toujours des patients à inscrire à votre horaire. Et si c’est finalement pendant une autre semaine que voulez prendre congé, vous pourrez déplacer dans cette « semaine tampon » les rendez-vous qui étaient déjà pris.

Faites de votre santé et de votre bien-être une priorité. L’an dernier, après m’être livré à une introspection, j’ai décidé de faire en sorte que le sommeil, l’exercice et la méditation soient des priorités dans mon horaire quotidien. Il s’agit de choses qu’on a tendance à faire passer après les besoins du travail et qu’on finit par sacrifier, mais pour moi ces activités sont désormais intouchables. Et ma vie s’est améliorée.

Dans le même ordre d’idées, assurez-vous de poursuivre vos autres passions, comme lire, jouer d’un instrument, apprendre une nouvelle langue, faire du sport ou poursuivre des études. J’essaie désormais de réserver du temps dans mon horaire pour ces choses-là.

On oublie trop souvent que « le bonheur, c’est le chemin, pas la destination ».  Maintenez l’équilibre entre le travail et votre vie personnelle, et profitez du parcours.

Le Dr Adam Stewart est médecin de famille. Son cabinet est établi à Madoc, en Ontario. En 2017, il a été désigné par l’Association médicale canadienne comme l’un des « 17 médecins qui ont contribué à façonner l’avenir des soins de santé ». Pour en savoir plus sur son cabinet, visitez le www.stewartmedicine.com.