Une tendance se dessine depuis peu chez les gens riches et célèbres. Des millionnaires et des milliardaires ont déclaré publiquement qu’ils légueront à leur mort la plus grande partie de leur richesse à des organismes de bienfaisance, et non à leurs enfants. Toutefois, bon nombre de Canadiens en ont décidé autrement. L’Institut de la statistique du Québec rapporte qu’en 2012, 28 % des familles ont reçu un héritage, contre 17 % en 2007. On estime à environ 20 milliards de dollars la valeur totale des montants transférés sous forme d’héritage au Québec entre 2007 et 20121.

Le décès d’un être cher est une expérience difficile, qui peut transformer la gestion d’un héritage en épreuve. Cela pourrait se produire à un moment où vous devez prendre des décisions potentiellement déterminantes pour vous et votre famille. « Selon la valeur de l’héritage et la situation particulière de la personne qui hérite, cet événement peut changer une vie sur le plan financier, explique Tarsem Basraon, planificateur pour les clients à valeur nette élevée, Services-conseils de Gestion de patrimoine TD. L’héritage pourrait par exemple vous permettre d’acheter la maison de vos rêves, de prendre une retraite anticipée ou de régler vos problèmes financiers. Cela pourrait en outre vous faire vivre toutes sortes d’émotions. »

28 %

Au Québec, 28 % des familles ont reçu un héritage en 2012.

Comme le souligne M. Basraon, il faut vous attendre à ressentir une certaine culpabilité à l’égard de votre enthousiasme pour votre héritage ou de l’anxiété si vos priorités ne sont pas les mêmes que celles de votre famille. « Il est normal d’avoir des sentiments partagés lorsqu’on hérite d’une somme d’argent après la perte d’un être cher, affirme la Dre Karyn Hood, psychologue clinicienne à la clinique Yorkville Medical de Toronto. Les héritiers sont souvent ambivalents quant à cet argent puisqu’ils l’ont obtenu à la suite d’un décès. La joie ou l’enthousiasme que procure généralement une rentrée d’argent peut ainsi disparaître. »

La Dre Hood ajoute que recevoir de l’argent en héritage peut être associé à des sentiments touchant l’estime de soi. « On peut ressentir de la culpabilité et avoir l’impression qu’on ne mérite pas cet argent, que l’on obtient en raison de la mort d’une personne que l’on aimait ou avec qui on entretenait une relation conflictuelle. On peut aussi ressentir une certaine obligation à dépenser cet argent en faisant oeuvre utile ou comme " maman ou papa l’aurait souhaité. " »

Parlez-en à l’avance

Si vous vous attendez à recevoir un héritage, il serait judicieux d’amorcer une discussion avec vos proches avant qu’ils ne meurent. Le simple fait de connaître leurs volontés peut vous éviter beaucoup de stress et répondre à de nombreuses questions. Si vous n’en avez pas eu la chance, prendre une pause après avoir touché votre héritage pourrait être une bonne idée. « Dans bien des cas, les personnes qui héritent n’ont jamais disposé d’autant de liquidités, ajoute M. Basraon. Cette situation peut être difficile à gérer. De plus, la personne qui hérite pourrait être en deuil d’un proche ou d’un ami. À ce moment, toutes les options ne sont pas nécessairement ouvertes à cette personne et elle n’a peut-être pas les idées claires. »

« Selon la valeur de l’héritage et la situation particulière de la personne qui le touche, cet événement peut changer une vie sur le plan financier. »

TARSEM BASRAON,
PLANIFICATEUR POUR LES CLIENTS À VALEUR NETTE ÉLEVÉE,
SERVICES-CONSEILS DE GESTION DE PATRIMOINE TD

La Dre Hood indique que chacun réagit différemment à un héritage. « Dans les premiers stades du deuil, les gens ont davantage tendance à dépenser l’héritage pour se consoler ou à le dépenser de manière impulsive, dit-elle. Utiliser une partie de l’argent pour leur bien-être personnel peut aider certaines personnes. Les dépenses impulsives ou les achats plus extravagants, comme les véhicules de luxe, les vacances fastueuses ou un investissement immobilier peuvent toutefois être plus nuisibles et faire en sorte que l’argent soit dilapidé rapidement, de manière irréfléchie, et entraîner des regrets. »

M. Basraon dit que l’une des façons d’écarter la tentation de dépenser dès le départ une grande partie de l’héritage est de placer l’argent à taux d’intérêt garanti pour quelques mois afin de réfléchir. Avant d’acquérir une propriété ou d’autres actifs, il faut se donner du temps pour prendre une décision qui ne soit pas strictement émotive et ne pas la prendre seul. Il faut s’entourer de professionnels et de conseillers de confiance qui serviront de guides tout au long du processus.

Évaluez la situation financière dans son ensemble

Recevoir une grosse somme d’argent peut vous amener à réévaluer votre vie. Profitez-en pour évaluer votre situation financière dans son ensemble : De quelle façon utiliser l’argent pour vous rendre heureux? Quels sont vos objectifs financiers et ceux de votre famille? Quelle part de l’héritage devrait servir à accomplir les volontés du défunt? « Il est important de rencontrer un conseiller pour créer un plan de placement qui tient compte de questions comme la gestion de dettes, la planification de la retraite, la planification d’assurance, etc., soutient M. Basraon. Un conseiller vous aide à voir les choses dans leur ensemble plutôt que de consacrer le legs à une fonction particulière, comme le remboursement d’une hypothèque. » Le legs était peut-être destiné à l’achat d’une résidence, par exemple. Ajouter des fonds à votre portefeuille jusqu’à ce que les conditions du marché immobilier soient favorables peut se révéler un meilleur choix que d’acheter immédiatement. Si vous héritez d’argent et avez des dettes, il peut être avantageux de faire des placements et d’utiliser les gains pour réduire votre endettement plutôt que de le faire avec un versement forfaitaire, surtout lorsque les taux d’intérêt sont faibles.

Votre situation financière est déjà confortable?

Si vous avez le luxe de ne pas avoir besoin du legs, un plan financier pour le gérer demeure une bonne idée. Si le legs est une résidence principale ou une propriété de vacances, peut être vaut-il mieux la vendre. S’il s’agit d’argent et que vous disposez déjà d’un patrimoine important, établissez votre propre plan successoral pour le léguer à vos proches. Pour élaborer une stratégie de gestion du legs, évaluez les intentions du défunt et essayez de respecter ses volontés pour être à l’aise avec votre décision. Si le legs était destiné à payer des études, acheter une maison ou régler des dépenses de soins de santé, créez un plan de gestion de patrimoine axé là-dessus. Un professionnel des placements peut vous aider à choisir des propriétés et des actifs qui honoreront l’héritage de vos proches, en plus d’enrichir votre vie. L’immobilier peut offrir un certain revenu à long terme, qui peut être investi dans un fonds d’études. Afin de poursuivre les activités philanthropiques auxquelles il se livrait de son vivant, « le don de charité peut être une manière efficace d’honorer l’héritage du défunt, suggère M. Basraon. Vous pourriez par exemple choisir une cause qui lui tenait à coeur. Il y a plusieurs types de dons, comme les dons en argent, les fondations ou les fonds de bourses d’études. »

Avec le plan approprié, votre legs peut être un cadeau vraiment durable et vous aurez la tête tranquille en sachant ce qu’il fait pour vous.

« Certaines personnes ont avantage à parler avec un professionnel comme un thérapeute ou un psychologue, affirme la Dre Hood. Ce professionnel peut les aider à vivre leur deuil et à apaiser des sentiments contradictoires ou des problèmes non résolus entourant le décès ou la nature de leur relation avec le défunt. Il est conseillé de prendre d’abord le temps de vous remettre de la perte d’un être cher avant de prendre des décisions financières importantes. »

— Denise O’Connell, Parlons argent et vie