Personne ne traverse la vie sans jamais rencontrer d’obstacle sur les plans personnel et financier. Les femmes qui vivent seules et qui connaissent leurs meilleures années sur le plan du revenu ont tout intérêt à parfaire leurs compétences et leurs superpouvoirs financiers, afin de pouvoir faire face en cas de situation personnelle ou financière difficile. Voici quelques portraits de femmes de carrière, avec les défis qu’elles doivent relever et les conseils de plusieurs experts.

Déménager? Les aspects financiers et émotionnels liés à un déménagement

Nira, 57 ans

  • Mère monoparentale d’un garçon adolescent;
  • A investi toutes ses économies dans l’achat d’une propriété, mais se dit maintenant qu’elle ferait peut-être mieux de revendre pour profiter de la hausse des prix de l’immobilier;
  • Doit aussi s’occuper de son père âgé et ne veut pas que son fils ait à changer d’école, ce qui la fait hésiter.

Premier dilemme de Nira : Rester ou partir?

Le prix des maisons dans les régions de Toronto et Vancouver, tout comme dans de plus en plus d’autres agglomérations urbaines, a grimpé en flèche, et le marché de l’habitation est de plus en plus inaccessible. Le problème de l’accès à la propriété s’accentue dans le cas d’une personne vivant seule. À moins d’avoir un emploi très bien rémunéré, de nombreuses personnes vivant seules sont contraintes à la location et n’ont pas la possibilité de constituer un capital en possédant une maison. Et même si elles peuvent acheter une maison, elles peuvent devoir contracter un prêt hypothécaire plus élevé qu’elles le souhaitent ou qu’elles ont les moyens de rembourser. Souvent, les acheteurs doivent également s’éloigner du centre-ville pour trouver une propriété plus abordable et accepter de faire plus de route pour se rendre au travail.

Nira a travaillé fort et a utilisé tout son argent pour rembourser son prêt hypothécaire le plus rapidement possible; elle a même contracté d’autres dettes pour ce faire. En constatant la hausse du prix des maisons, elle se demande si elle ne devrait pas revoir ses plans de retraite, récupérer son capital et déménager plus au nord, dans une maison moins coûteuse. Elle devra alors travailler à domicile ou subir les déplacements. Sur le plan financier, son plan est judicieux, mais sur le plan émotionnel, les choses se compliquent un peu. Elle déteste l’idée de perturber la vie de son fils parce qu’il devra changer d’école. Elle pense également à son père qui a 79 ans, qui vit seul et en ville, mais qui dépend de plus en plus d’elle. Devrait-elle lui demander de vendre sa maison et de déménager plus au nord lui aussi?

Laima Alberings,
Planificatrice spécialiste de la fiscalité et des successions, Gestion de patrimoine TD :

  • Personne ne veut d’un prêt hypothécaire qui lui permet, certes, d’avoir une maison, mais qui le met en difficulté pour le reste. Il faut déterminer le montant des versements mensuels que l’on peut se permettre et ne pas acheter une maison que l’on peut payer, mais qui nuit à sa capacité de payer d’autres dépenses. C’est ce que Nira devrait garder en tête si elle décide de déménager.
  • Il est de plus en plus courant de voir des parents aider leurs enfants adultes à entrer sur le marché immobilier. Le père de Nira pourrait lui transférer des fonds au moyen d’un prêt documenté qui protégerait les fonds – au cas où elle deviendrait redevable à des créanciers – ce qui serait mieux que de les lui donner comme un simple cadeau. Nira et son père peuvent considérer ce scénario si son père compte vendre sa maison dans un avenir rapproché. Il pourrait ainsi laisser un surplus d’argent à Nira ou à son petit-fils.

Deuxième dilemme de Nira : Que faire de ce sentiment de culpabilité?

De nombreuses femmes canadiennes prennent soin à la fois de leurs enfants et de leurs parents vieillissants. Bien qu’aucune statistique n’existe dans le cas des femmes vivant seules, 32 % des femmes canadiennes de 45 à 64 ans s’occupent de leurs enfants et de leurs parents, comparativement à 25 % chez les hommes de la même fourchette d’âge1.

Nira rend visite à son père au moins trois fois par semaine et fait sa lessive, ses courses et un peu de ménage, car elle se sent responsable de son bonheur. Le père de Nira est de plus en plus las à mesure qu’il vieillit et perd ses facultés. Elle se sent coupable de ne pas pouvoir lui laisser entrevoir des jours plus heureux, mais elle aimerait aussi pouvoir passer plus de temps avec son fils. Comment Nira peut-elle sortir de ce dilemme émotionnel?

Gary Direnfeld,
Travailleur social et auteur de Raising Kids without Raising Cane :

  • Les femmes qui se trouvent dans la même situation que Nira doivent définir leurs propres limites en ce qui a trait à la quantité et aux types de soins qu’elles prodigueront à leurs parents vieillissants.
  • Elles doivent définir ce qu’elles sont prêtes à faire par exemple, certaines femmes ne sont pas à l’aise de fournir les soins d’hygiène.
  • Se sentir coupable quant aux soins que l’on peut fournir ne fait qu’augmenter le stress, et les femmes doivent apprendre à travailler en équipe avec les autres membres de leur famille pour répartir les tâches et apprendre à recourir à des services de soins professionnels lorsqu’elles en ont besoin.
  • Si vous éprouvez de la culpabilité, si vous vous sentez dépassée ou responsable des demandes auxquelles vous ne pouvez pas répondre, un conseiller peut vous aider à gérer ces sentiments.

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Maman monoparentale et supermaman

Zeldia, 41 ans

  • Gère une équipe dynamique oeuvrant dans le domaine du marketing sur Internet;
  • Divorcée, mère monoparentale d’Heather, 11 ans;
  • Vise à gravir les échelons et prendre davantage de responsabilités dans l’entreprise, mais craint de ne pouvoir y arriver sans sacrifier du temps qu’elle passerait autrement avec sa fille;
  • Aimerait réduire les frais de garde et cesser de puiser dans sa bourse pour régler tous les problèmes : elle a récemment acheté un nouveau lave‑vaisselle plutôt que d’essayer de réparer l’ancien parce qu’elle n’avait pas le temps.

Premier dilemme de Zeldia : Comment concilier vie personnelle et professionnelle?

Un des mandats les plus exigeants dans la vie est d’élever un enfant, et de voir seul à son éducation peut s’avérer encore plus exigeant. Beaucoup de femmes qui tentent de poursuivre leur carrière tout en veillant à être une « bonne » mère se sentent à bout et épuisées.

Zeldia s’était mariée vers la fin de la vingtaine, mais n’a été mariée que cinq ans. Elle a obtenu la garde de sa joie de vivre, sa fille Heather âgée de trois ans, au prix de factures d’avocats, d’économies épuisées et de versements hypothécaires qu’elle peut difficilement acquitter. Son travail est très satisfaisant et très bien rémunéré, mais il est également extrêmement exigeant. Son téléphone ne cesse de sonner. Elle a l’impression de laisser tomber son équipe lorsqu’elle ne peut pas passer 10 heures au bureau chaque jour pour accomplir toutes ses tâches, mais elle se sent aussi coupable lorsqu’elle n’est pas avec sa fille. Elle a dû annuler du temps prévu avec Heather à deux reprises pour répondre à des urgences au bureau, et maintenant, Heather commence à mal se conduire.

Ann Douglas,
Auteure de plusieurs livres sur l’éducation des enfants, le dernier s’intitulant Parenting through the Storm :

  • S’inquiéter de ne pas pouvoir répondre aux attentes du travail et de la vie personnelle peut mener à des problèmes de santé qui rendent la situation encore plus difficile.
  • Les femmes tentent souvent de se montrer à la hauteur d’attentes irréalistes quant à ce qu’une mère doit accomplir par crainte d’être jugées. Ann Douglas cite l’auteur d’une étude qui indique qu’entre 2 et 12 % des parents souffrent d’épuisement parental.
  • Zeldia devrait être à l’affût des signes indiquant que cette surcharge de responsabilités affecte sa qualité de vie : manque de sommeil, repli sur elle‑même, intransigeance à l’égard de sa fille ou tout le temps maussade. Ces signes peuvent indiquer que d’essayer de tout faire mine sa qualité de vie et celle de son enfant. Il est alors temps de joindre ses amis, sa famille, son médecin et son employeur pour trouver une façon de réduire la tension.
  • Zeldia devrait se faire un réseau de soutien : frères et soeurs, amis et d’autres parents monoparentaux peuvent organiser des échanges de gardiennage pour s’entraider.
  • Ann Douglas ajoute que les mères monoparentales sont des modèles pour leurs enfants, et que d’être le type de parent qui est toujours maussade par manque de sommeil et qui n’a pas le temps de s’amuser n’est pas un bon exemple pour leurs enfants impressionnables.

Deuxième dilemme de Zeldia : Comment gérer tout ce stress?

Bien que le concept d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle ne s’applique pas uniquement aux femmes, des études ont démontré que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à indiquer qu’elles subissent un stress2. Ce stress peut s’expliquer par le fait que les femmes s’épuisent non seulement à poursuivre une carrière exigeante, mais aussi parce qu’elles s’investissent dans le rôle de « supermaman » à la maison. Les mères monoparentales se trouvent souvent en situation impossible : trouver un service de garde pour pouvoir faire régulièrement des journées de travail de 12 heures est fort peu probable ou souhaitable.

Zeldia avait de la difficulté à dormir et un oeil qui tressaute sans cesse, mais elle croyait maîtriser la situation à la maison jusqu’à ce que sa fille et elle contractent une grippe. Zeldia n’a pas été en mesure de respecter une échéance au travail, même si elle travaillait de la maison, fiévreuse. De plus, elle a oublié d’acheter des fournitures scolaires pour un projet d’école de sa fille. Zeldia était furieuse contre elle-même de ne pas pouvoir remplir ses engagements au travail et à la maison, et, pour faire bonne mesure, sa fille a vomi dans son lit. Zeldia a lavé sa fille, lavé les draps et mis sa fille dans son propre lit, puis s’est fait la promesse de trouver un équilibre dans leurs vies.

Dr Scott Gledhill,
Médecin-conseil principal chez Medcan, une clinique de santé et de mieux-être préventifs à Toronto :

Le stress peut être amplifié par le manque de sommeil, l’anxiété, voire la dépression. Ces problèmes de santé auront inévitablement une incidence tant sur la vie personnelle que professionnelle. Bien que les femmes aient parfois de la difficulté à contrôler la source de leur stress, il existe des stratégies pour en réduire les dommages :

  • Exercice et alimentation Il suffit d’environ cinq minutes d’exercice aérobique pour commencer à avoir des effets bénéfiques contre l’anxiété. Le Dr Gledhill suggère de faire de l’exercice de trois à quatre fois par semaine, pendant 40 à 60 minutes pour un effet optimal. « L’exercice reste de loin la manière la plus efficace et sécuritaire de réduire l’anxiété et la dépression », affirme-t-il. Le stress mène souvent à faire de mauvais choix alimentaires, ce qui aggrave le problème de santé. N’oubliez pas de bien manger et d’éviter les anxiolytiques à action rapide, les glucides, le sucre, les aliments prêts à manger et l’alcool qui peuvent aggraver la situation.

  • Mieux dormir Un mauvais sommeil exacerbe les symptômes de stress et perturbe aussi les mécanismes d’adaptation et la prise de décisions. Faites de votre chambre à coucher un sanctuaire, masquez complètement les fenêtres, veillez à ce qu’il n’y ait pas de bruit et procurez-vous un bon matelas et de bons oreillers. Maintenir de bonnes habitudes de sommeil et éviter la caféine dans l’après-midi sont également des mesures essentielles.

  • En parler Dire ce qui nous ennuie à un ami ou à un thérapeute peut aider à dissiper le stress.

  • Techniques de réduction du stress La méditation peut réduire les manifestations physiologiques du stress. Dans le cas de Zeldia, la méditation pourrait l’aider à s’apaiser et à mieux dormir.

  • S’amuser Se livrer à des activités qui nous rendent heureux peut s’avérer un excellent remède au stress. Le rire est souvent le meilleur remède.

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L’amour (et la moitié de l’argent) a disparu

Jennifer, 39 ans

  • Séparée
  • Après sa rupture, elle a cessé toute planification dans sa vie.
  • Elle gagne bien sa vie, mais n’a aucune idée de sa situation financière.

Le dilemme de Jennifer : Comment puis-je reconstituer mon patrimoine?

La fin d’une relation est souvent une expérience traumatisante. La rupture peut laisser la personne nouvellement divorcée en difficulté financière, ou pire, peut avoir fait disparaître la moitié de son patrimoine. L’anxiété peut s’installer chez les femmes qui éprouvent des problèmes d’argent, qui craignent que la famille ne leur rende les choses difficiles et qui s’inquiètent des conséquences de la rupture sur leurs enfants. La nouvelle situation financière de Jennifer, qui s’était récemment séparée, se détériorait puisqu’elle ne savait pas si elle avait les moyens d’avoir le style de vie qu’elle menait, quelle était la valeur nette de ses actifs et quels placements seraient appropriés à sa situation. Jennifer a toujours eu de la difficulté à demander de l’aide, mais elle pense maintenant que son avenir pourrait être en jeu et a désespérément besoin de conseils.

Zeljka Walker,
Conseillère en placement et en assurance, analyste financière des divorces agréée, Gestion de patrimoine TD :

  • Jennifer doit prendre le temps de faire son deuil de sa relation, mais ne devrait pas laisser d’autres priorités, comme sa situation financière, lui échapper.
  • Si elle a besoin d’aide pour continuer d’avancer, elle devrait établir un réseau composé d’amis, de parents et de professionnels qui peuvent la soutenir.
  • Jennifer devrait récupérer tous ses relevés financiers. Elle doit prendre conscience qu’elle se trouve soudainement dans une situation financière différente. Elle doit par conséquent faire le bilan de ses avoirs, de ses dettes, de ses liquidités et déterminer si ses placements et ses polices d’assurance sont toujours appropriés. Elle devrait consulter un spécialiste des services financiers qui l’aiderait à mieux comprendre sa situation financière.
  • Établir un budget : Jennifer devrait savoir ce qu’elle peut s’offrir ou non.
  • Jennifer devrait dresser la liste de ses antécédents de crédit et obtenir sa propre carte de crédit (si elle en a besoin), et rembourser ses dettes.
  • Elle devrait établir un plan pour l’avenir. Un plan permet de penser à l’avenir plutôt que de se focaliser sur les problèmes immédiats et de progresser.

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Transformez vos rêves en réalité grâce à la planification

Abbie, 32 ans

  • Célibataire;
  • Démarre sa propre entreprise et songe à acheter une unité en copropriété;
  • Accablée d’emprunts et de nombreuses obligations financières.

Dilemme d’Abbie : Comment réaliser son rêve en restant célibataire?

Abbie a pris son envol. Selon elle, elle est restée trop longtemps chez ses parents et, après avoir travaillé sur de nombreux projets de la municipalité comme spécialiste de sécurité environnementale, elle a établi sa propre firme de conseils qu’elle exploite seule et songe à acheter une unité en copropriété ou une maison dans le centre-ville. Elle rembourse encore son prêt étudiant de 11 000 $ et cotise à son REER, mais pas autant qu’elle le souhaiterait. Pour elle, la retraite est si loin qu’elle n’arrive pas à se l’imaginer. Lancer sa propre entreprise l’effraie et la passionne en même temps. Elle a dû faire un autre emprunt pour son démarrage, mais elle aime le fait d’être autonome. Elle voudrait avoir une famille sans nécessairement se marier. Elle compte bien établir sa firme d’abord. Par conséquent, elle a songé à faire congeler ses ovules, mais a été étonnée du coût des traitements et des procédures de fertilité. Emprunts, dettes, versements hypothécaires, enfants, retraite… il lui est difficile de déterminer si elle met son argent sur les bonnes priorités.

Laima Alberings,
Planificatrice spécialiste de la fiscalité et des successions, Gestion de patrimoine TD :

  • Abbie doit prendre ses décisions financières en tenant compte de ses objectifs financiers qui, dans son cas, seraient de rembourser ses dettes, d’entrer sur le marché immobilier, d’économiser en vue de la retraite et tout autre objectif personnel, comme obtenir des traitements de fertilité, en l’occurrence, la congélation de ses ovules.
  • Veiller à ce que le plan d’affaires de sa firme de conseils soit harmonisé à son plan financier personnel devrait également être une priorité.
  • Elle devrait commencer par établir un budget pour déterminer quelles sont ses entrées de fonds, quelles sont ses sorties de fonds (prêts, épargne, dépenses quotidiennes) et ce qui lui reste pour ses dépenses facultatives, comme les divertissements et les coûts associés à sa voiture.
  • Il est judicieux de mettre autant d’argent que possible dans un régime d’épargne-retraite, peu importe son âge, mais il est tout aussi important de déterminer la somme que l’on réserve pour les dépenses personnelles, comme les vacances, dans la mesure où son budget le permet.
  • Les pressions financières et les priorités au cours d’une vie sont nombreuses et contraignantes. Élaborer un plan, vérifier souvent qu’on le respecte et consulter un professionnel des services financiers sont des façons de mettre de l’ordre dans ses priorités financières.

La troisième partie, Encore super après toutes ces années, traite des femmes plus âgées, du « divorce gris », du veuvage et de la façon dont elles peuvent s’assurer de ne pas épuiser leurs économies.

— Don Sutton, Parlons argent et vie