Le prix de plus en plus inabordable des maisons contrarie Kedar, 29 ans. Sa femme et lui, deux représentants de la génération Y conscients de la valeur de l’argent, travaillent dans le secteur de la finance, mais ils ne sont pas capables de s’acheter une maison, même s’ils occupent de très bons emplois, mènent une vie frugale et épargnent systématiquement.

Kedar, qui cherche une maison depuis cinq ans, attend et espère que les prix redescendent à un niveau plus abordable, mais ceux-ci ne font que monter en flèche. Il a des histoires d’horreur à raconter : lorsqu’il se présente à des visites libres, on le presse de faire une offre d’achat pour une maison qu’il n’a vue que pendant vingt minutes.

« Le sentiment que nous éprouvons, c’est que nos économies ne seront jamais suffisantes. Lorsque nous mettons un dollar de côté, le prix des maisons augmente de deux dollars. À ce jeu, on ne pourra pas sortir gagnants », déclare t-il.

« Le sentiment que nous éprouvons, c’est que nos économies ne seront jamais suffisantes. »

KEDAR, ACHETEUR POTENTIEL D’UNE MAISON

Dans le passé, le succès au sein de la classe moyenne se mesurait au Canada par l’achat d’une première petite maison en banlieue, avec une pelouse à tondre et une voie d’accès à déneiger l’hiver. Ce n’est plus le cas. De nos jours, les gens qui résident en ville doivent se démener pour trouver, dans les limites de leurs moyens, une habitation qui soit plus grande qu’une suite d’hôtel ou qui permette de se rendre au travail en moins de deux heures. Le prix moyen d’une maison unifamiliale isolée atteint 1,05 million de dollars à Toronto et 1,4 million de dollars à Vancouver1. En outre, la réglementation exige maintenant que les acheteurs d’une maison d’un million de dollars versent un acompte d’au moins 20 %2.

En dépit des obstacles auxquels il est confronté, Kedar est déterminé à se débrouiller seul, sans l’aide de ses parents. Une question que les jeunes gens doivent couramment résoudre, c’est de décider s’il faut demander ou non de l’aide pour acheter une maison. Les parents de la génération Y sont prêts à ouvrir leurs portefeuilles (et leurs coeurs) pour aider leurs enfants à accéder à la propriété. Mais qu’est-ce que les parents devraient faire au juste pour aider leurs enfants? Et quelle est la meilleure façon de procéder?

Âgée de 30 ans, Taylor, après avoir surveillé le marché immobilier pendant plusieurs années, a fait le saut il y a trois ans avec l’aide de ses parents. La mère et le père de Taylor ont conclu un marché avec elle lorsqu’elle était petite : ils lui donneraient « un coup de main » pour payer ses dépenses si elle travaillait fort et qu’elle obtenait de bonnes notes. Le marché a fonctionné. Taylor a été première de classe pendant toute son école secondaire et ses parents lui ont payé tout ce qui est essentiel à n’importe quel enfant… mais dans des limites strictes. Équipement de soccer et frais d’inscription? D’accord. Cinéma et pizza avec les amis? D’accord. Des jeans à 150 $? Non.

Pendant ses études universitaires, Taylor avait un emploi à temps partiel et ses parents réglaient ses droits de scolarité. Après avoir obtenu son diplôme, elle a travaillé pendant trois ans dans une banque à Toronto. Comme beaucoup de gens, elle voulait entrer sur le marché immobilier avant que les prix deviennent hors de sa portée. Elle a déposé des offres sur 20 maisons isolées, mais cela a échoué chaque fois à cause d’offres plus élevées, et elle a constaté que, les prix ne cessant d’augmenter, la maison qu’elle pouvait se permettre devenait de plus en plus petite. Finalement, Taylor a découvert une maison en rangée située près d’un métro et répondant à tous ses besoins, en plus de posséder un superbe patio sur le toit.

Toutefois, malgré l’argent qu’elle avait mis de côté depuis les 13 dernières années, elle avait besoin d’un montant de 25 000 $ en sus de son acompte pour payer les droits de mutation immobilière et les frais juridiques et clore la transaction.

Heureusement pour Taylor, le marché qu’elle avait conclu avec ses parents est entré en jeu et ses parents ont assumé les coûts. Bien qu’aucun document de prêt « officiel » n’ait été signé, Taylor a envoyé à ses parents un courriel décrivant les modalités du prêt. Comme Taylor et ses parents se faisaient mutuellement confiance, cette entente informelle leur suffisait.

Les situations de ce genre ne se règlent cependant pas toutes aussi harmonieusement, explique Laima Alberings, planificatrice fiscale et successorale de Gestion de patrimoine TD. Elle cite des cas dans lesquels les créanciers d’un enfant adulte font valoir leurs droits sur son argent ou dans lesquels le financement fourni est disputé à cause de l’échec d’un mariage ou un décès. Elle voit beaucoup de clients affronter bien des obstacles pour prêter de l’argent à leurs enfants.

Mme Alberings explique que l’aide fournie aux enfants pour l’achat d’une maison peut prendre différentes formes, selon le but poursuivi : le parent peut faire un don ou un prêt, se porter garant ou être le cosignataire d’un emprunt hypothécaire ou encore créer une fiducie discrétionnaire stipulant les conditions dans lesquelles l’enfant peut vivre dans une maison appartenant au parent. Chacun de ces moyens comporte des avantages et des inconvénients, selon votre situation.

Mme Alberings précise cependant qu’il est important de comprendre clairement ce que vous visez en fournissant un financement et de l’expliquer à votre enfant. Par exemple, si vous avez transféré des fonds dans le compte bancaire de votre fils ou de votre fille et que vous comptez définir ultérieurement les modalités de leur remboursement, il est possible que votre enfant considère plutôt cet argent comme un don sans condition.

Une décision personnelle

Voir ses enfants faire leur chemin eux-mêmes peut constituer une grande source de fierté pour les parents, mais la réalité économique est telle que beaucoup de jeunes familles disposant de deux salaires et de bons emplois ne peuvent se permettre ce que les parents et les grand-parents considéraient dans le passé comme allant de soi. Toutefois, avant de signer un chèque, déclare Mme Alberings, n’oubliez pas que le don ou le prêt que vous consentez à un de vos enfants comporte l’obligation de faire de même pour les autres enfants qui pourraient avoir besoin d’argent dans le futur. Réfléchissez à la situation économique de l’enfant : s’il n’est pas en mesure de verser un acompte, que se passera-t-il quand il aura à renégocier son emprunt hypothécaire ou si les maisons perdent soudainement de leur valeur? Elle explique qu’un prêt doit s’adapter aux réalités économiques et à la situation personnelle de l’enfant.

« Est-ce que tous les jeunes de 28 ans ont besoin d’une maison isolée? » demande Mme Alberings à ses clients.

Taylor admet que, avant qu’elle achète une maison, elle avait des habitudes de consommation quelque peu désordonnées. Ses parents étaient cependant certains que sa capacité de se discipliner à ce chapitre s’améliorerait une fois qu’elle se retrouverait propriétaire. Maintenant, Taylor s’assure de ne pas prendre de vacances trop coûteuses et apporte son lunch et son café au travail. Elle observe avec amusement ses amis accumuler les gros achats.

« Je me dis : “Incroyable, c’est l’équivalent d’un paiement hypothécaire”, et je passe mon tour », déclare Taylor. Pour elle, il a suffi d’un simple accord de prêt avec ses parents. Pour d’autres, ce pourrait ne pas être le cas.

Mme Alberings suggère que les parents et leurs enfants consultent un planificateur financier ou un conseiller financier afin de déterminer la meilleure façon de contribuer ensemble à l’achat d’une propriété. Une entente bien conçue pourrait être le facteur essentiel qui permettra à votre enfant d’atteindre ses objectifs financiers, tout en protégeant votre argent.

Réfléchissez d’abord, signez un chèque ensuite

Laima Alberings suggère que vous vous posiez les questions ci-dessous avant de décider si vous devez prêter de l’argent à vos enfants :

  • Est-ce que le prêt comporte des conditions?
  • Devriez-vous avoir un mot à dire sur la dimension de la maison que votre fils ou votre fille doit acheter?
  • Est-ce que votre prêt s’adresse à votre enfant seulement ou s’étend également à son conjoint?
  • Êtes-vous prêt à poursuivre vos enfants en justice s’ils ne remboursent pas le prêt?

— Don Sutton, Parlons argent et vie