Agnès profite de sa retraite. À 70 ans, elle savoure le plaisir d’être une grand‑mère active. Elle a économisé consciencieusement en vue de sa retraite et profite maintenant des fruits de son dur labeur. Mais, il y a quelques mois à peine, sa fille de 35 ans lui a annoncé qu’elle se séparait de son conjoint. Elle essayait d’obtenir son diplôme collégial et ses finances ne lui permettraient pas de commencer une nouvelle vie avec ses deux enfants. N’écoutant que son grand cœur, Agnès lui a offert de la dépanner temporairement.

« Je pense que ma fille hésitait à revenir à la maison, explique Agnès, mais elle se trouvait à une période charnière de sa vie au cours de laquelle il lui aurait été difficile de s’en sortir toute seule. Je voulais lui venir en aide. »

En raison de l’ampleur du taux de chômage chez les jeunes, de la hausse des frais de scolarité et de l’explosion des prix de l’immobilier, de nombreux enfants risquent de devoir compter sur l’aide de leurs parents, longtemps après avoir atteint l’âge adulte; ils risquent même de devoir faire ponctuellement appel à eux jusqu’à la fin de leur vie.

JOANNA MAZIN, Gestion de patrimoine TD

Agnès, qui vivait une retraite paisible avec son mari, a vu sa maison chamboulée, puisqu’elle héberge désormais sa fille, ses deux petits‑enfants (8 et 6 ans), deux chiens et un chat. Elle a en outre soudainement dû revoir son épargne‑retraite pour subvenir aux besoins de sa fille et de sa famille.

Agnès sait que ce ne sera pas donné. Elle ne sait pas exactement combien de temps cette cohabitation durera, peut‑être de quelques mois à deux ans. Pendant cette période, il lui en coûtera quelques centaines de dollars de plus par mois en nourriture, électricité et autres, en plus de ses dépenses mensuelles habituelles. Et l’aide qu’elle apporte à sa fille ne se limitera pas à un soutien financier. Agnès, qui était autrefois enseignante, gardera les enfants à l’occasion et pourrait bien avoir à assumer d’autres dépenses jusqu’à ce que sa fille trouve un travail.

La Generation Boomerang Story Graphic 1

« Ça ne me pose pas de problème, indique‑t‑elle. Je suis très contente de les avoir à la maison, et ils peuvent rester jusqu’à ce que leur situation s’améliore. »

Le cas d’Agnès n’est pas unique. Selon un sondage réalisé par le Groupe Banque TD, de nombreux parents d’enfants adultes sont déjà venus en aide à ces derniers sous une forme ou sous une autre, soit en les hébergeant gratuitement, en finançant certaines grosses dépenses comme l’achat d’une voiture ou en les aidant à rembourser des dettes. En fait, un baby‑boomer sur cinq n’hésiterait pas à compromettre sa propre sécurité et son avenir financiers pour venir en aide à ses enfants adultes 1.

« En raison de l’ampleur du taux de chômage chez les jeunes, de la hausse des frais de scolarité et de l’explosion des prix de l’immobilier, de nombreux enfants risquent de devoir compter sur l’aide de leurs parents, longtemps après avoir atteint l’âge adulte; ils risquent même de devoir faire ponctuellement appel à eux jusqu’à la fin de leur vie, explique Joanna Mazin, Gestion de patrimoine TD. Il est naturel de vouloir aider ses enfants, mais ce soutien ne doit pas compromettre votre propre stabilité financière ni vous détourner de vos objectifs. »

La docteure  Gina Di Giulio, directrice du service de psychologie à la clinique Medcan de Toronto, indique qu’il est important de fixer des limites pour ne pas vous retrouver dans une impasse financière ou même à  ramasser leurs chaussettes et à faire leur lavage. «  Vous risquez de créer une génération d’individus dépendants de leurs parents, avertit‑elle, en les privant de compétences de vie essentielles que chacun doit acquérir pour fonctionner et réussir dans la société. Ces jeunes risquent d’avoir des problèmes sur le marché du travail s’ils n’apprennent pas à devenir indépendants. »

Bref, si votre enfant adulte sonne à votre porte avec armes et bagages, voici quelques conseils pour préserver vos économies et votre santé mentale :

1. Fixez des règles

Agnès reconnaît qu’elle n’a pas de plan et qu’elle n’a même pas discuté des obligations de chacun avec sa fille, mais Mme Di Giulio avertit que, ce n’est pas parce qu’on a déjà vécu ensemble par le passé que les règles seront forcément les mêmes aujourd’hui. Lorsque l’on revient vivre à la maison à l’âge adulte, les règles et attentes sont différentes et il pourrait être utile de les consigner par écrit. Énoncez clairement les obligations financières de votre enfant : le loyer, l’épicerie ou les factures dont il ou elle sera responsable. « La contribution aux dépenses du ménage ou le paiement d’un loyer sont d’excellents moyens d’établir une limite, même si la somme demandée est beaucoup moins élevée que ce que l’enfant aurait à payer ailleurs, souligne Mme Di Giulio. Les corvées et autres responsabilités doivent également être clairement définies. »

2. Charité bien ordonnée commence par soi-même

Il est important de faire preuve de discipline à l’égard de votre propre programme d’épargne et de ne pas tout sacrifier pour vos enfants. Le prélèvement automatique de vos cotisations à vos RER, CELI et autres comptes d’épargne et de placement est une façon de garder le cap. Agnès fait ainsi prélever automatiquement ses cotisations à son CELI. Si l’argent n’est pas disponible, vous serez moins tenté de tout dépenser pour vos enfants au mépris de votre propre avenir financier. « Il est essentiel de privilégier l’épargne‑retraite lorsque vous travaillez et de suivre scrupuleusement votre budget lorsque vous n’êtes plus actif, explique Mme Mazin. C’est un élément que les parents ont intérêt à prendre en compte s’ils envisagent d’aider leurs enfants ».

3. La générosité se planifie

Refaites votre budget pour tenir compte de vos nouvelles dépenses mensuelles. Certaines sont évidentes, comme l’épicerie et l’électricité, par exemple. Mais le retour d’un enfant au bercail peut également s’accompagner de coûts plus cachés. Votre assurance automobile risque par exemple d’augmenter en raison de la présence à la maison d’un conducteur supplémentaire, qui pourra être amené à conduire votre voiture, même si ce n’est pas souvent. Qui assumera les dépenses médicales ou dentaires de votre enfant? Même quand les enfants ne reviennent pas vivre à la maison, il peut être difficile de dire non à un enfant véritablement dans le besoin. Par prudence, il faudra peut‑être ajouter une ligne à votre budget pour aider vos enfants.

des 4 318 400 jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans vivaient chez leurs parents, soit parce qu’ils n’en étaient jamais partis, soit parce qu’ils y étaient revenus après avoir vécu ailleurs. (Source : Recensement de 2011)

Pensez aux différentes façons dont vous aimeriez aider votre enfant. Vous voudrez peut‑être verser une mise de fonds pour l’achat d’une maison, participer aux frais de scolarité ou contribuer aux frais de garderie de vos petits‑enfants. Puis fixez‑ vous une limite réaliste et raisonnable pour ce que vous mettrez de côté pour y parvenir. « Avant de contribuer à une grosse dépense, consultez un conseiller financier pour savoir si votre enfant et vous pouvez vous la permettre, recommande Mme Mazin, surtout si cette dépense suppose des versements hypothécaires ou des mensualités de prêt par la suite. »

4. Soyez un modèle et initiez vos enfants à la finance

Agnès explique que, si elle n’est pas particulièrement inquiète à l’idée que sa fille revienne à la maison, c’est qu’elle a beaucoup parlé de finance à ses enfants quand ils étaient petits. Toutes les occasions étaient bonnes pour leur parler d’épargne et de dépenses. Il est clair que l’enseignement de ces principes à vos enfants dès leur plus jeune âge peut éviter la création d’un cycle de dépendance plus tard. « Les parents doivent passer graduellement d’un rôle de soutien financier à un rôle de conseiller financier et aider leurs enfants à prendre le contrôle de leurs finances pour pouvoir atteindre une plus grande indépendance », selon Mme Mazin.

Il pourra également être utile de les mettre en contact avec un conseiller financier qui pourra discuter avec eux de leurs objectifs et les aider à envisager l’avenir. Prêchez pas l’exemple en adoptant un comportement financier responsable.

Agnès se réjouit du retour de sa fille; elle pense qu’il n’y aura pas de problème et qu’il y a peu de risques que sa fille devienne dépendante financièrement. Elle croit aux valeurs monétaires qu’elle a inculquées à ses enfants et cela ne la dérange pas de consacrer son revenu disponible à sa famille. Mais, pour les parents qui auraient moins confiance dans leurs enfants boomerang et dans leurs habitudes financières, il importe de se fixer des limites dès le départ. Montrez l’exemple et insistez sur l’importance de suivre ses finances : vous aiderez ainsi vos enfants à redresser plus rapidement leur situation.

«  Un enfant indépendant, qui réussit et contribue à la société est une des plus grandes satisfactions qui soient pour un parent, indique Mme Di Giulio. Alors n’hésitez pas à contribuer au développement et à l’indépendance de vos enfants, quel que soit leur âge »

Écrit parDenise O’Connell, Parlons argent et vie