La décision de vendre la maison familiale n’est jamais prise à la légère. Vous avez sûrement consacré une grande partie de votre vie à rénover votre propriété et à payer des taxes foncières, et voilà qu’il semble plus avantageux de partir que de rester.

74 %

Dans la région du Grand Toronto, les propriétaires de maisons unifamiliales isolées ont vu la valeur de leur propriété augmenter en moyenne de 74 % au cours des cinq dernières années1.

Cette maison représente peut-être votre plus gros placement fondamental et le temps est venu de vous en départir pour financer votre retraite. Il se peut aussi que la tonte du gazon, le pelletage de neige et l’entretien général de votre vaste résidence soient devenus trop contraignants. Les frais de gaz et d’électricité liés à une maison de quatre chambres vous semblent peut-être disproportionnés si vous vivez seul ou à deux. Enfin, vous voulez peut-être encaisser votre pécule et voyager, ou utiliser le produit de la vente pour aider vos enfants ou petits-enfants.

May Fung, planificatrice pour les clients à valeur nette élevée de Gestion de patrimoine TD, conseille dans tous les cas d’analyser avec rigueur et réalisme vos motivations, ainsi que les coûts de votre emménagement dans une résidence plus petite.

Mme Fung sait de quoi elle parle puisqu’elle et son mari ont justement délaissé leur maison de Toronto pour un condo, même s’ils travaillent toujours. Pour elle, il s’agissait d’accéder à une meilleure qualité de vie et de simplifier son quotidien. Une démarche qui ne convient pas à tout le monde.

Hausse du prix des maisons

Heureusement ou malheureusement, la conjoncture économique influence la décision de vendre la maison familiale. Depuis quelques années au Canada, le prix des maisons en milieu urbain grimpe en flèche, particulièrement en Colombie-Britannique et en Ontario dans la région du Grand Toronto. Dans le Grand Toronto, les propriétaires de maison unifamiliale détachée ont vu la valeur de leur propriété augmenter en moyenne de 74 % sur cinq ans2. Si vous avez acquis une propriété avant 2011 dans cette région ou le Grand Vancouver, vous êtes probablement assis sur un actif considérable. Faut-il garder votre maison, sachant que sa valeur peut encore augmenter ou se mettre à diminuer? Ou vendre immédiatement à profit pour générer un flux de liquidités?

May Fung déconseille aux gens de contracter des dettes qu’ils n’arriveront pas à gérer lorsqu’ils n’auront plus de revenu stable.

May Fung indique que, même si des propriétaires se réjouissent de pouvoir tirer profit de la forte hausse des prix des maisons dans certaines régions canadiennes, il leur en coûtera peut-être beaucoup d’emménager ailleurs dans la même ville ou aux alentours, même si la maison est plus petite. Elle fait d’ailleurs remarquer qu’en optant pour une copropriété moderne dans un quartier urbain branché, vous ne paierez pas beaucoup moins que pour une habitation isolée. Par conséquent, si vous misez sur votre propriété pour financer votre retraite, ne perdez pas de vue ce que vous comptez acheter, ajoute-t-elle.

« Beaucoup de clients pensent que le fait d’emménager dans une résidence plus petite, même plus tard, n’aura aucune incidence sur leur flux financier. Or, si vous vivez dans un quartier huppé et tenez à y rester, vos liquidités seront à coup sûr affectées », précise May Fung.

Elle veut rester, il veut partir

« On peut envisager la situation de deux façons. Parmi mes clients, il arrive que monsieur souhaite vivement troquer la maison contre un condo, alors que madame résiste, invoquant que la valeur d’une habitation isolée augmente plus rapidement. Elle se place ainsi du point de vue de la valeur nette. Il faut garder à l’esprit que, même si l’immobilier se porte bien et que la flambée se poursuit, le besoin de liquidités subsiste à la retraite, surtout en l’absence de fonds de pension, explique Mme Fung.

« Même en tenant compte de la hausse astronomique du prix des maisons, vous devez prévoir un fonds de subsistance si la totalité de votre actif net réside dans un bien immobilier », affirme-t-elle.

Selon May Fung, certaines personnes peuvent envisager un prêt sur valeur domiciliaire pour accéder à un léger revenu de retraite, selon la valeur de leur maison. Mais mieux vaut ne jamais s’endetter au-delà de ses moyens lorsqu’on ne dispose plus d’une source de revenu stable.

Tendre la main à la génération qui vient

Le coût élevé des maisons dans le Grand Toronto et le Grand Vancouver donne du fil à retordre aux gens qui voudraient intégrer le marché de l’immobilier. Il empêche parfois les enfants ou même les petits-enfants de couples âgés d’accéder à la propriété. Ainsi, la décision de garder ou de vendre une maison peut avoir des répercussions sur plus d’une génération.

Faut-il garder votre maison, sachant que sa valeur peut encore augmenter ou se mettre à diminuer? Ou vendre immédiatement à profit pour générer un flux de liquidités?

May Fung explique que l’achat d’une maison est devenu si difficile que bien des gens emménagent dans une résidence plus petite afin d’aider financièrement leurs enfants à assumer une mise de fonds.

« Vu la progression importante des prix, je pense que beaucoup de parents se rendent compte que leurs enfants adultes ne seront pas en mesure d’effectuer une mise de fonds sur une propriété », dit-elle.

Parmi les gens qui préparent leur retraite, Mme Fung voit de plus en plus de gens verser une somme considérable à leurs enfants, spécialement pour leur permettre d’intégrer le marché de l’habitation.

Vos enfants ont-ils quitté le nid?

Vous prévoyez peut-être emménager dans une maison plus petite pour aider vos enfants à assumer leurs dépenses ou une mise de fonds, ou simplement pour leur verser un héritage anticipé. Cela dit, il se peut que vous gardiez la maison pour les soutenir. Étant donné l’incertitude qui plane sur le marché de l’emploi et les prix inaccessibles des maisons, le phénomène des enfants boomerang prend de l’ampleur. De nombreux parents se font à l’idée de voir leurs enfants adultes rester plus longtemps dans le nid familial. Vous faites peut-être même partie de la génération sandwich qui héberge sous son toit des enfants majeurs et des parents âgés nécessitant des soins.

« Si vous vivez dans un quartier huppé et tenez à y rester, vos liquidités seront à coup sûr affectées. »

MAY FUNG,
PLANIFICATRICE POUR LES CLIENTS À VALEUR NETTE ÉLEVÉE, GESTION DE PATRIMOINE TD

Si vous avez l’intention de vous départir de votre grande maison, essayez de prévoir un autre lieu de rassemblement pour la famille lors des fêtes et autres célébrations. Avant d’emballer l’argenterie, tâchez de faire le point sur des questions épineuses : Pourrez-vous accueillir tous vos proches dans votre nouveau condo? Devez‑vous vous éloigner de la ville au point où cela posera problème? Renoncez‑vous à recevoir pour les fêtes en raison de l’espace limité dans votre nouvelle cuisine ou salle à manger? Si vous gardez souvent vos petits-enfants, ne serait-il pas plus approprié de rester en banlieue que de les accueillir dans votre condo du centre-ville?

Parlant de ces petits chéris, ils ont le don de chambouler vos plans mûrement réfléchis, n’est-ce pas? La taille et l’emplacement de votre maison peuvent devenir secondaires si vous souhaitez vous rapprocher d’eux. Quand les petits-enfants entrent en ligne de compte, il faut parfois envisager de s’installer dans un autre quartier, voire une autre province.

« Les petits-enfants et leur lieu de résidence peuvent vraiment influencer les plans. Ils sont si précieux aux yeux de leurs grands-parents, que ces derniers n’hésitent pas à s’organiser pour être en mesure de jouer pleinement leur rôle », explique May Fung.

Quitter la maison, mais pas le quartier

Si vous prévoyez emménager dans une plus petite maison, vous devez également prendre en compte la proximité des services. Beaucoup de gens finissent par s’attacher aux commodités du coin : épicerie, banque, conseiller financier, bibliothèque, centre de sport, etc. Pensez à ce qui pourrait remplacer ces repères du quotidien en cas de déménagement.

Notamment, les soins de santé pèsent lourd dans la balance. Vous avez peut-être tissé une belle relation de confiance avec votre médecin, votre dentiste et d’autres professionnels de la santé au fil des ans. Il pourrait s’avérer difficile sur le plan émotif de les laisser derrière. Une infirmière ou un pharmacien qui connaît déjà vos antécédents est un atout rassurant. Même si vous poursuivez ces relations en vous réinstallant dans la même région, pensez à l’incidence qu’aura le déménagement sur l’accès aux services de santé ou autres, ainsi que sur vos déplacements.

Cordes sensibles

Il est techniquement impossible de mesurer votre attachement à divers éléments, mais votre bonheur en dépend largement. Vous entretenez peut-être un lien émotif avec la maison que vous habitez depuis 25 ans et tout ce qui s’y rattache, comme les arbres que vous avez plantés dans la cour ou ces marques sur le mur de la cuisine où vous aviez l’habitude de mesurer les enfants.

« Même en tenant compte de la hausse astronomique du prix des maisons, vous devez prévoir un fonds de subsistance si la totalité de votre actif net réside dans un bien immobilier. »

MAY FUNG,
PLANIFICATRICE POUR LES CLIENTS À VALEUR NETTE ÉLEVÉE, GESTION DE PATRIMOINE TD

Par ailleurs, votre qualité de vie compte pour beaucoup. Si vous quittez la banlieue pour la campagne ou le centre-ville, vous devrez redoubler d’efforts pour vous adapter. Et si vous avez un chalet ou passez vos hivers dans le Sud, comment s’inscrira votre déménagement dans tout cela? En outre, le fait de vous éloigner de votre quartier vous amène-t-il à laisser des amis ou à réduire votre réseau social?

Un changement de résidence est parfois dur sur l’humeur. Si vous cherchez à simplifier votre quotidien en troquant votre grande maison et son lot d’entretien pour un beau condo en bon état, pensez-y à deux fois. Peut-être que vous n’aimez pas le bruit occasionnel de la souffleuse à feuilles du voisin, mais une fois en copropriété, apprécierez-vous davantage le téléviseur de l’unité adjacente ou la plomberie qui s’active toute la journée entre les murs? Selon le type de copropriété, vous serez peut-être assujetti à des règlements qui ne vous conviennent pas, notamment en ce qui concerne les animaux, les rénovations, le stationnement et l’utilisation des espaces communs. Le seul fait d’avoir à composer avec d’autres personnes qui ont un droit de regard sur la façon dont vous menez votre vie peut s’avérer insupportable si vous avez toujours eu votre propre maison.

Retroussez vos manches

L’aspect le plus difficile lorsque vous vous apprêtez à emménager dans une maison plus petite consiste parfois à vider le grenier et le garage pour vous départir des biens accumulés au cours des dernières décennies. Certains objets n’ont aucune valeur, mais vous pourriez avoir tout le mal du monde à vous séparer de meubles ou de tableaux que vous adorez, simplement pour des raisons d’espace.

Pourrez-vous accueillir tous vos proches dans votre nouveau condo? Devez-vous vous éloigner de la ville au point où cela posera problème? Renoncez-vous à recevoir pour les fêtes?

« Il faut s’armer de sang-froid pour jeter ou donner plusieurs objets. J’ai trouvé l’expérience difficile. J’ai dû trier et analyser chaque chose. Le sous-sol peut abriter pêle-mêle jusqu’à 20 ans de souvenirs, explique May Fung.

« Certaines boîtes contenaient de vieux manuels universitaires de mon mari. Et voilà qu’il part à la retraite... », ajoute-t-elle.

Vous pourriez tomber sur un amas de reliques, notamment des vidéocassettes, des outils électriques qui ne servent plus, des trésors de famille encombrants ou de simples breloques dont vous n’arrivez pas à vous départir. Armez-vous d’un plan et entamez le grand ménage des placards, du sous-sol, du garage et du grenier. N’attendez pas que la maison soit vendue, sinon vous serez contraint de jeter des choses contre votre gré ou d’en défrayer l’entreposage.

Selon Mme Fung, quiconque songe à réduire son espace de vie devrait consulter un conseiller financier avant de procéder à un changement important. L’emménagement dans une maison plus petite risque d’avoir une énorme influence sur votre mode de vie, votre situation financière et vos déplacements, sans compter votre humeur. Un tel revirement peut aussi influer sur les régimes de retraite ou la planification successorale, et affecter d’une manière ou d’une autre plusieurs membres de la famille.

« On parle ici d’un événement marquant. Avant de prendre une décision en ce sens, mieux vaut consulter des professionnels qui vous ont souvent conseillé et guidé à travers les obstacles », conclut May Fung.

– Don Sutton, Parlons argent et vie

  1. MarketWatch, Toronto Real Estate Board, déc. 2016 et déc. 2011, document consulté le 1er février 2017, trebhome.com/market_news/market_watch/historic_stats/pdf/Historic_1612.pdf
  2. MarketWatch, Toronto Real Estate Board. Ibid.