Vous essayez probablement d’être un consommateur qui dépense son argent de façon judicieuse. Vous vérifiez peut-être les prix, faites des recherches et faites de votre mieux pour profiter d’un bon rabais quand vous le pouvez. Mais, à la fin du mois, est-ce que vous vous demandez toujours où va votre argent? Même avec les meilleures intentions du monde, nous pourrions tous passer en revue nos opérations mensuelles et être surpris de voir exactement où nous dépensons notre argent, qu’il s’agisse de cafés, de dîners ou de grosses dépenses.

Vous aimeriez augmenter votre taux d’épargne, mais vous vous demandez d’où proviendra l’argent?

Bonne nouvelle! Ce ne sont pas votre volonté ou votre chèque de paie qui doivent être tenus responsables de vos problèmes de liquidités. C’est peut-être votre cerveau qui tente de vous nuire. En effet, nos cerveaux peuvent nous jouer de nombreux tours pour que nous continuions à dépenser, ce qui fait en sorte qu’il est plus difficile de mettre un bon montant de côté pour nos objectifs futurs, comme la retraite. Les économistes comportementaux, les experts qui étudient la psychologie derrière la prise de décisions financières, ont qualifié ces angles morts de « biais », c’est-à-dire une hypothèse illogique qui nous encourage à nous comporter d’une certaine façon.

« Ça part d’une bonne intention », affirme Kristen Duke, professeure adjointe au Behavioural Economics in Action at Rotman, à l’Université de Toronto. « Votre cerveau est programmé pour réduire l’énergie nécessaire à la prise de décisions quotidiennes, alors vous utilisez peut-être des raccourcis mentaux, ou “l’heuristique”, c’est-à-dire une méthode de résolution de problèmes qui n’est pas toujours optimale ou rationnelle. Des problèmes peuvent survenir lorsque vous vous fiez trop à ces raccourcis mentaux et que vous ne faites pas assez attention à ce que vous faites ou, dans ce cas-ci, à ce que vous dépensez. »

De plus, ce qui peut vous sembler être de la petite monnaie pourrait représenter un montant beaucoup plus important plus tard. Par exemple, si vous êtes en mesure de réduire vos dépenses de 27 $ par jour, au bout d’une année, cela représente un montant de 10 000 $. « Même si vous commencez à épargner seulement 100 $ par mois à l’âge de 35 ans, vous pourriez injecter près de 70 000 $ dans votre régime enregistré d’épargne-retraite (REER) d’ici l’âge de 65 ans », affirme Sandra Bussey, planificatrice pour les clients à valeur nette élevée à Gestion de patrimoine TD. Bien sûr, le fait d’apporter votre café et votre repas de la maison peut vous aider à économiser, mais les décisions que vous prenez concernant les achats importants peuvent aussi avoir un effet considérable sur votre budget global.

Voici quatre scénarios où nos angles morts comportementaux peuvent nous pousser à dépenser plus que prévu, ainsi que quelques réflexions sur la façon dont vous pourriez rappeler votre cerveau à l’ordre et déjouer les angles morts.

Oubli du coût d’opportunité

Après avoir assisté à une fête dans la magnifique maison d’un collègue, vous commencez à penser que vous pourriez faire des rénovations dans votre propre maison. Vous estimez que les rénovations pourraient coûter plus de 50 000 $. Que faites-vous?

a) Vous vous rendez à la banque pour voir si vous pouvez augmenter la limite de votre ligne de crédit sur valeur domiciliaire pour financer les rénovations.
b) Vous songez au fait que 50 000 $ dans un REER ou un CELI pourraient devenir 100 000 $ dans 20 ans.
c) Vous appelez tout de suite un entrepreneur. Vous trouverez comment payer les rénovations plus tard.

Selon Kristen Duke, l’oubli du coût d’opportunité fait référence à notre incapacité à envisager d’autres manières d’utiliser notre argent, en particulier lorsqu’elles présentent des gains potentiels plus évidents. « Souvent, les gens ne pensent pas aux autres possibilités qui s’offrent à eux s’ils ne les ont pas devant les yeux », dit-elle. « Même si, au bout du compte, vous décidez que votre maison a besoin de rénovations et que l’augmentation immédiate de sa valeur pourrait représenter un gain supérieur à celui réalisé par votre épargne et son rendement futur, vous pouvez au moins vous demander ce que vous pourriez faire d’autre avec cet argent. »

Effet de compromis

Le moment est venu d’acheter une nouvelle voiture, et vous avez décidé d’opter pour le VUS de l’année d’une marque X. Le concessionnaire vous propose trois ensembles : un modèle de base sans superflu, un ensemble un peu plus coûteux avec des jantes en alliage brillant et des capacités GPS améliorées, et une option haut de gamme qui comprend un plus gros moteur, des sièges en cuir et un système de divertissement par satellite. Que faites-vous?

a) Vous choisissez l’ensemble milieu de gamme. Ça semble être un juste équilibre entre le coût et le luxe offert.
b) Vous évaluez soigneusement les options et les coûts supplémentaires associés à chaque amélioration de luxe.
c) Vous choisissez l’option la plus chère. On ne peut pas vous voir conduire autre chose.

Les économistes comportementaux utilisent l’effet de compromis pour décrire notre tendance à choisir l’option du milieu lorsqu’on nous présente un choix de niveaux ou de tailles. Comme l’explique Kristen Duke, « l’ensemble milieu de gamme pour le nouveau VUS peut sembler un choix prudent. Il ne requiert pas de faire trop de sacrifices en ce qui concerne le coût ou les caractéristiques, et vous n’avez pas à vous sentir coupables d’avoir choisi l’option extrême ou de luxe. » Pour l’achat d’une voiture, le concessionnaire pourrait même miser sur cette tendance pour vous vendre un modèle plus cher que celui de base. Mais, si vous prenez le temps d’évaluer vos options et que vous faites une analyse coûts/avantages, l’argent que vous économisez pourrait fructifier dans un REER ou un CELI si vous arrivez à ne pas dépasser votre budget pour l’achat d’un véhicule.

Dépensez mieux (et mettez le reste de côté)

Biais de distinction

Pendant que vous travaillez avec le constructeur sur votre nouvelle maison, on vous présente quelques options d’améliorations. Dans la salle d’exposition, vous regardez les revêtements de sol, les moulures couronnées et les comptoirs en granit. À côté de ceux au fini standard, ils sont tellement plus beaux! Que faites-vous?

a) Vous choisissez les améliorations. Après les avoir vues à côté des modèles au fini standard, vous ne pourriez jamais vivre avec le modèle inférieur.
b) Vous rapportez des échantillons à la maison. Vous pourrez évaluer vos options de façon indépendante durant quelques jours.
c) Vous choisissez quand même les modèles au fini standard. Si vous ne les aimez pas, vous pourrez les remplacer plus tard.

Le biais de distinction fait référence à la tendance à accorder une trop grande importance aux petites différences lorsqu’on compare différentes options. « En comparant deux choses côte à côte, on met souvent en lumière de petites différences qui n’ont pas vraiment d’importance », explique Kristen Duke. « Dans le cas des améliorations apportées à votre maison, il serait préférable de prendre le temps d’étudier chaque option indépendamment l’une de l’autre. Posez-vous des questions comme « Qu’est-ce qui ajoutera de la valeur à ma maison plus tard? », « Qu’est-ce qui rendra la maison plus fonctionnelle? », et bien sûr, « Qu’est-ce que vous aimez le plus? ». » Les améliorations peuvent ajouter des dizaines de milliers de dollars au coût total d’une nouvelle maison, de l’argent qui pourrait être mis de côté pour l’atteinte d’autres objectifs.

Ancrage

L’hiver a été brutal et vous voulez réserver une escapade au soleil. Cela fait plus de cinq ans que vous avez voyagé et vous aviez payé environ 1 500 $ pour un voyage à la Barbade. Cette fois-ci, vous pensez aller au Mexique. Que faites-vous?

a) Vous faites des recherches sur Internet concernant les prix pour trouver ce qu’une semaine au Mexique pourrait coûter.
b) Vous prévoyez un budget de 1 500 $ pour la semaine, puisque c’est ce que vous avez payé la dernière fois.
c) Vous réservez le voyage le moins cher que vous pouvez trouver, dans n’importe quelle destination près de l’équateur.

Croyez-le ou non, votre esprit est généralement ancré sur un prix, et vous êtes prêt à le payer, même si la valeur d’un article est beaucoup moins élevée. « Lorsque vous prenez une décision d’achat, votre cerveau s’accroche parfois à la première information qui vous vient en tête ou que vous trouvez, et vos décisions ultérieures sont prises comme des ajustements en fonction de cette information de départ », explique Kristen Duke. « Le problème survient lorsque l’information de départ ne reflète pas correctement la valeur réelle de l’article. » Dans le cas d’un voyage, vous pourriez présumer que le coût du dernier voyage que vous avez effectué est un point de départ raisonnable, alors que le juste prix réel d’un voyage au Mexique, à cette période de l’année et cinq ans après votre dernier voyage, pourrait être très différent. Il serait judicieux de faire des recherches sur la valeur et le prix courant de vos achats avant d’établir un budget ou de décider ce que vous êtes prêt à payer.

Que ferez-vous avec tout l’argent épargné?

Si vous apprenez à reconnaître les raccourcis mentaux que vous employez concernant les dépenses et que vous commencez à être plus attentif à la façon dont vous prenez des décisions d’achat, petites et grandes, il pourrait vous rester plus d’argent à la fin du mois. Cela pourrait avoir des répercussions sur vos liquidités et même libérer plus d’argent pour votre épargne.

« Trouver un peu plus d’argent et utiliser les dépôts automatiques pour cotiser mensuellement à un REER sont des façons simples d’atteindre vos objectifs de retraite », affirme Sandra Bussey. En fait, l’automatisation de vos cotisations est une excellente façon d’aider votre cerveau à considérer cet état des choses comme normal, ce qui vous aidera à accroître votre valeur nette plus tard.

DENISE O'CONNELL

PARLONS ARGENT ET VIE

ILLUSTRATION

VERONICA PARK