Malgré un enthousiasme débordant et une grande confiance en soi, acquérir de nouvelles compétences peut être une expérience décourageante. La pratique du golf semble facile à la télévision, mais s’avère plus difficile sur le terrain. Écouter un virtuose du saxophone ne peut qu’accroître votre déception lorsque vous essayez de jouer de cet instrument pour la première fois. Trop souvent, nous sous-estimons les milliers d’heures de pratique requises pour maîtriser une compétence et surestimons nos propres capacités à y parvenir.

Il en va de même pour les placements. Des personnes parmi les plus intelligentes et appliquées croient qu’elles peuvent parvenir à faire de l’argent sur le marché boursier. Toutefois, sans autodiscipline et conseils de professionnels, elles voient trop souvent leur enthousiasme refroidi par des pertes d’argent.

Brad Simpson
Stratège en chef,
Gestion de patrimoine TD

M. Simpson figure parmi les experts reconnus en constitution de portefeuille au Canada. Il cumule plus de 25 années d’expérience à titre de stratège et de gestionnaire de portefeuille pour des clients à valeur nette élevée. Il a amorcé sa carrière en tant que conseiller en placement, puis a gravi les échelons jusqu’au poste de stratège de portefeuille. M. Simpson a ensuite été président et gestionnaire de portefeuille, puis plus récemment stratège en chef pour un fonds spéculatif au sein d’une société de gestion de placements établie à Toronto.

Brad Simpson, qui est stratège en chef à Gestion de patrimoine TD et compte plus de 25 années d’expérience à titre de stratège et de gestionnaire de portefeuille pour des clients à valeur nette élevée, connaît bien ces comportements qui peuvent miner les objectifs de placement de tout investisseur bien intentionné. M. Simpson aide à déterminer et à analyser les comportements les plus communs qui portent les investisseurs à dévier de leurs objectifs, et offre des méthodes pour redresser la situation.

Tout ce qui brille

Frank a toujours eu la ferme conviction que l’or est le placement par excellence en période d’incertitude politique. Il s’enorgueillit de faire des recherches approfondies avant d’investir. À maintes reprises, il a pu constater à quel point les prix de l’or grimpent dans la foulée de nouvelles inattendues. Comme les turbulences à la Maison Blanche, les activités de piratage informatique de la Russie et les expériences balistiques de la Corée du Nord ne cessent de faire les manchettes, il a tout investi dans de l’or.

M. Simpson : Frank montre les signes classiques de ce qu’on appelle un biais de confirmation. Au lieu de faire preuve d’ouverture à d’autres idées, il manifeste un attachement quasi émotionnel pour sa théorie préférée sur l’or et les politiques mondiales. Il se convainc d’une possible issue et trouve des faits pour étayer ses opinions – les mauvaises nouvelles présentées dans les journaux et à la télévision confirmant ses perceptions. En fait, Frank a raison de penser qu’en détenant de l’or dans son portefeuille il se prémunit contre les événements mondiaux. Mais il agit de façon démesurée. Il serait plus avisé d’élargir le contenu de son portefeuille et de diversifier son choix de placements. Une telle stratégie permettrait de réduire toutes sortes de risques, et non pas seulement ceux qui entourent les événements mondiaux.

Un enthousiasme refroidi

Bernice a deux portefeuilles, l’un pour les placements réguliers et l’autre pour s’amuser. Dans ce dernier, elle aime investir en se fiant à ses intuitions, en prenant des paris risqués et en misant sur des tuyaux. L’actif de son portefeuille « de divertissement » équivaut à seulement 10 % de celui de son portefeuille régulier, dans lequel elle détient ses placements à long terme. Elle affirme à ses amis que tant que ses portefeuilles sont séparés, tout va bien. Alors, quand elle s’ennuie, elle va en ligne, regarde quels sont les titres en hausse ou en baisse, et jubile lorsqu’un titre « promis à un grand succès » progresse fortement. Il y a deux mois, elle a inscrit une perte de 2 000 $ dans son portefeuille de divertissement et s’en est amusée. Malheureusement, elle a aussi perdu 2 500 $ dans son portefeuille régulier le mois dernier. Or, elle n’a pas du tout le coeur à en rire et estime qu’elle doit immédiatement apporter des modifications à son portefeuille.

M. Simpson : La décision de Bernice de modifier immédiatement son portefeuille est un exemple classique de l’effet de cadrage, en raison duquel un incident ou un seuil de référence pèsent sur les décisions d’un investisseur. En calculant ses pertes en dollars, Bernice oublie qu’en pourcentage, les pertes de son portefeuille régulier sont bien moins importantes que celles de son portefeuille de divertissement. L’effet de cadrage l’empêche de voir que les deux portefeuilles ont des objectifs différents. Bernice ne devrait pas perdre de vue les raisons pour lesquelles elle a deux portefeuilles et y investit des montants différents.

Le courage de ses opinions?

Scott travaille depuis longtemps dans le secteur pétrolier et se considère comme un expert de tout ce qui touche le pétrole et le gaz, y compris les placements. Il y a quelques années, ses placements dans ce secteur lui ont permis de faire des gains importants. Il discute avec des collègues de longue date et prend connaissance de rapports de recherche publiés au Canada et à l’étranger. Il estime qu’il a déjà connu les conditions de marché actuelles, et il est convaincu que les prix du pétrole ont atteint un creux et vont rebondir. Il est prêt à faire d’importants placements sur le marché pétrolier.

M. Simpson : La principale raison de Scott d’investir sur ce marché est sa connaissance du secteur. Or, cette connaissance a une incidence problématique sur le comportement de Scott. À l’instar de Frank qui investit dans l’or, Scott risque de mettre tous ses oeufs dans le même panier, soit le marché pétrolier. Comme dans le cas de Frank, la solution qui s’impose pour lui est de diversifier ses placements au sein de son portefeuille, et de ne pas les concentrer sur un même marché. Comme Scott tire ses revenus d’emploi du secteur pétrolier, il est doublement exposé à une importante correction du marché de l’énergie, ce qui arrive souvent. Scott connaît bien le secteur et a confiance dans ses connaissances, ce qui pourrait l’empêcher de voir des signes négatifs sur le marché ou de prendre conscience de l’existence de facteurs qu’il ne comprend pas pleinement.

Atténuer les bruits

Robert est captivé par l’actualité. Il suit tout ce qui se passe à Washington. Il écoute les médias sur le câble et surveille les médias sociaux pour connaître les dernières nouvelles. Mais la situation dans le monde le déprime et il craint les événements fâcheux. Bombardé d’autant de « bruits » médiatiques, il n’arrive plus à déterminer quelles sont les nouvelles pouvant avoir une incidence sur ses placements.

M. Simpson : Les difficultés de Robert sont compréhensibles. En cette ère d’infodivertissement en continu, de nouvelles commentées sur les réseaux sociaux et de « faits alternatifs », il est difficile de ne pas se sentir dépassés. Bien que la situation dans le monde nous regarde tous, Robert est particulièrement sensible aux bruits médiatiques, ce qui risque de mettre à mal sa stratégie de placement et de lui causer de l’anxiété. Une approche de placement rigoureuse et réfléchie, de solides recherches et des décisions fermes qui s’inscrivent dans une perspective à long terme et sont fondées sur un plan exhaustif constituent un bon moyen de contrer ces bruits à court terme. Nous pensons aussi que Robert serait avisé de se débrancher des médias sociaux quelques heures avant d’aller au lit. Ce serait mieux pour sa santé mentale, son bien-être financier et son sommeil. D’ailleurs, des études ont démontré que la lumière bleue qui émane des appareils électroniques nuit au sommeil.

L’excès de prudence

Viviane a toujours investi de façon prudente et est satisfaite des rendements réguliers de ses placements, bien que si elle prenait plus de risques raisonnables, elle pourrait en théorie faire des gains plus importants. Mais ce n’est pas son style. Comme elle préfère bien dormir la nuit, elle conserve une approche de placement prudente. Malheureusement, l’un des placements qu’elle détenait depuis longtemps a soudainement subi une perte importante et inattendue. Rien de tel n’était jamais arrivé à Viviane auparavant. Bien que les rendements à long terme de son portefeuille soient encore excellents et correspondent à son profil de placement, la perte l’a ébranlée. Elle décide qu’il lui faut une nouvelle stratégie qui mettra son portefeuille complètement à l’abri des risques.

M. Simpson : Le cerveau traite les pertes financières de la même manière que s’il s’agissait d’un danger mortel. La situation est d’autant plus grave que, selon des études, les pertes ont un effet psychologique deux fois plus important que les gains, causant un comportement négatif appelé aversion pour les pertes1. Dans le cas de Viviane, le danger est que sa réaction démesurée la pousse à être encore plus prudente qu’elle ne l’est déjà. En optant pour un portefeuille dont l’exposition aux risques est minimale, elle risque de ne pas atteindre ses objectifs financiers, notamment celui de disposer de suffisamment d’argent pour s’assurer une retraite confortable. En fait, aucun placement n’est complètement à l’abri des risques. Des événements défavorables peuvent se produire, même dans les portefeuilles les plus prudents. Et quand ils se produisent, la meilleure chose à faire est de ne pas paniquer, ni de sauter aux conclusions. Il faut plutôt examiner la situation avec son conseiller financier et résister à la tentation de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Le manque de perspective

Natale aime compartimenter sa vie. Elle garde donc ses placements à court terme dans un compte et ses placements de retraite dans un autre compte. Telles étaient ses intentions. Mais sa vie se complique depuis qu’elle a un nouvel emploi au centre-ville, entretient une nouvelle relation et doit s’occuper de son père à la santé fragile. Elle sait qu’elle doit continuer à surveiller ses placements à court terme, et s’imagine qu’elle n’a pas trop à se soucier de son compte de retraite. De ce fait, elle n’a pas revu sa stratégie de placement pour la retraite depuis des années.

M. Simpson : L’un des plus grands défis en matière de placement est posé par la tendance à s’en tenir à sa situation actuelle, au détriment de sa situation future, soit la vision à court terme. Dans la vie, nous prenons généralement des décisions en fonction des situations les plus urgentes. Or, en matière de placement, nous avons tendance à faire la même chose : nous prenons des décisions en fonction de valeurs actuelles plutôt que selon une stratégie d’ensemble. En fait, il est plus facile et parfois plus intéressant de suivre les fluctuations quotidiennes des actions et des obligations que d’opter pour une approche globale de croissance du portefeuille de retraite sur plusieurs années. Mais investir à long terme ne veut pas dire ne rien faire. Au fil du temps, les gains et les pertes peuvent déséquilibrer votre portefeuille. Les conditions économiques changent et votre portefeuille peut s’éloigner considérablement de votre objectif ultime. Pour que votre portefeuille reste bien équilibré, vous devez faire le point sur vos objectifs initiaux ou, advenant un changement de situation, adopter de nouveaux objectifs en collaboration avec votre conseiller financier, afin de vous assurer que votre portefeuille est adéquatement organisé en fonction des rendements attendus et des risques potentiels.

La confiance excessive

Aux yeux de ses amis, Brandon est un « petit Joe connaissant », car il se permet d’expliquer aux autres (souvent sans y être invité) le comment et le pourquoi des choses ainsi que la meilleure méthode à utiliser. Il connaît tout, y compris les placements. D’ailleurs, il ne cesse de dire à ses amis à quel point ses judicieux placements – toujours en avance sur le marché – lui ont permis de rapidement faire des gains. Or, Brandon croit qu’il a décelé une excellente occasion de placement et appelle son conseiller en placement pour qu’il lui confirme son génie. Le conseiller le prévient que cette occasion présente un risque important de baisse, mais Brandon, estimant qu’il est plus apte à juger de la situation, conclut l’opération quand même.

M. Simpson : Certains jours, nous avons une confiance inébranlable dans notre capacité à prévoir la suite des événements. Au quotidien, une telle attitude peut mener à l’obtention de résultats décevants et parfois, même, désastreux. Songez aux frustrations que vous avez éprouvées quand, après avoir acheté un appareil électronique et sans en avoir lu le manuel d’utilisation, vous avez tenté en vain de le faire fonctionner. Le problème est qu’un tel excès de confiance peut causer de coûteux dommages quant il est question de placements. Les marchés sont aussi complexes qu’imprévisibles. Le moyen meilleur moyen de contrer l’excès de confiance est de convenir humblement de cette complexité. Quand vos placements sont fructueux, vous pouvez vous en réjouir, sans toutefois vous en féliciter exagérément. Dans le cas contraire, il ne faut pas non plus verser dans la démesure. Parfois, les placements sont décevants. Tirez-en une leçon et passez à autre chose. Ce simple changement d’attitude peut avoir un important effet positif sur vos placements. À l’évidence, un excès de confiance peut embrouiller la perception que nous avons de nos compétences en placement. Chacun devrait discuter de ses stratégies avec un spécialiste des services financiers pour s’assurer d’obtenir un avis judicieux – et impartial.